Élimination de substances chimiques confisquées en Colombie
De grandes quantités de substances chimiques sont nécessaires pour produire un kilo de cocaïne purifiée. La confiscation et l'élimination de ces substances ne contribuent pas seulement à réduire le trafic de drogues, mais peuvent aussi empêcher la pollution de l'environnement.
Par Hernán Bernal (Expert à la Direction nationale des stupéfiants de Colombie)
La Colombie est le premier producteur de coca illicite du monde. C'est aussi le pays où l'on confisque les plus grandes quantités de substances chimiques, produites en majeure partie dans des pays industrialisés et introduites ensuite illégalement en Colombie.
Malgré les difficultés éprouvées pour mettre en place des mécanismes de contrôle, les autorités colombiennes ont réussi à confisquer des quantités considérables de substances chimiques, provenant de laboratoires clandestins, aux ports d'entrée et le long des itinéraires conduisant aux zones de production de drogues illicites. Ce contrôle a abouti à la saisie d'environ 61 millions de litres et 18 millions de kilos de substances chimiques au cours des dix dernières années.
Lorsque des opérations sont menées dans des zones urbaines ou rurales accessibles et non dans la jungle, les substances confisquées sont provisoirement entreposées dans des locaux appropriés. Elles sont ensuite vendues à des sociétés publiques agréées, ou offertes à des établissements universitaires ou publics ou encore, dans le cas de certains solvants organiques, données à des compagnies pétrolières aux fins de réutilisation dans le raffinage de pétrole. Une partie importante des substances saisies est vendue et le produit de la vente est déposé au Fonds pour le réinvestissement communautaire et la lutte contre la criminalité organisée.
La Direction nationale des stupéfiants de Colombie a également recherché des moyens de transformer les substances chimiques en matériaux utiles pour la collectivité. C'est ainsi qu'elle a conçu plusieurs prototypes peu coûteux et performants d'incinérateurs mobiles, capables d'éliminer des solvants non chlorés sans polluer l'environnement. La Direction a aussi conçu un réacteur qui permet de transformer l'acide sulfurique en substances servant à traiter l'eau potable.
Malheureusement, toutes les substances confisquées ne sont pas vendues, données, réutilisées ou transformées. De grandes quantités d'acides sont éliminées par neutralisation à l'aide de substances ou de sels basiques, qui ont aussi été confisqués, et les solvants - notamment les mélanges contaminés - sont brûlés en plein air. Pour des raisons de sûreté, ces opérations se déroulent loin des grands centres urbains ou industriels.
Laboratoires clandestins dans la jungle
La plupart des substances chimiques sont saisies dans des installations de raffinage de la drogue au milieu de la jungle, où les trafiquants construisent d'immenses laboratoires pour stocker les centaines de tonnes de produits chimiques nécessaires pour extraire et raffiner les alcaloïdes de coca.
Il n'est pas facile de démanteler ces laboratoires en raison de leur accès difficile, de la présence de groupes armés impliqués dans la production et le trafic de drogues et du climat - températures élevées, humidité et pluies.
Les Forces armées colombiennes atteignent généralement les installations de production qui se trouvent dans la jungle par hélicoptère. Une fois sur place, elles disposent de très peu de temps - pour des raisons de sécurité - pour démanteler les laboratoires et éliminer les substances chimiques que les trafiquants ont mis des mois à transporter jusqu'aux installations de raffinage de la drogue. De plus, les trafiquants placent souvent des objets piégés sous les bidons.
Les Forces armées dressent un inventaire complet des drogues, des substances chimiques ou du matériel qu'elles trouvent. L'installation est ensuite détruite à l'aide d'explosifs que l'on fait détoner à une distance sûre. Étant donné que ces travaux sont exécutés dans des conditions extrêmes, certaines atteintes à l'environnement sont inévitables. Si les installations n'étaient pas détruites, elles seraient réutilisées pour la production de drogues.
|
Principes directeurs de l'ONUDC sur la manutention et l'élimination sans risques de substances chimiques: L'ONUDC est conscient des préoccupations de sûreté et de la nécessité d'appliquer des méthodes normalisées dans ce domaine. Il met actuellement au point une série de principes directeurs pratiques sur la manutention et l'élimination sans risques d'environ 150 produits chimiques utilisés dans la production illicite de cocaïne, d'héroïne et de drogues synthétiques. L'ONUDC a examiné une série de méthodes d'élimination présentées par des experts internationaux, notamment l'auteur du présent article. Ces méthodes, qui comprennent le recyclage et/ou la destruction des produits chimiques, reflètent la diversité des conditions dans lesquelles des drogues illicites sont fabriquées à travers le monde. L'ONUDC et la Commission interaméricaine de lutte contre l'abus des drogues (CICAD) travaillent conjointement pour faire en sorte que ces principes soient largement appliqués. En outre, la CICAD prévoit d'organiser un stage de formation pilote pour répondre aux besoins spécifiques de la Colombie et d'autres pays andins. |
Pour un complément d'information, veuillez consulter le site Web