Protéger les Innocents:

Réduire la vulnérabilité à la traite humaine en Afrique de l'Ouest et du Centre

Abidjan, 26 Novembre 2007

Mesdames, Messieurs,

Permettez moi tout d'abord d'adresser un mot de remerciement au Gouvernement de la République de la Côte d'Ivoire de leur soutien pour la tenue de cette réunion d'experts de haut niveau ainsi qu'à nos partenaires de UN.GIFT dans la région, à savoir l'OIM, le BIT, l'UNICEF Côte d'Ivoire, l'ONUCI, la Coalition pour mettre fin à l'utilisation des enfants soldats et Save the Children. Cela a été un véritable travail d'équipe dans l'esprit des Nations Unies.

Cette réunion d'experts est la dernière de toute une série d'évènements régionaux qui se sont déroulés dans les derniers mois dans le contexte de l'initiative globale de lutte contre la traite des personnes ou UN.GIFT: Uganda, Brésil, Thaïlande, Amérique Latine et Inde.

Cette conférence se veut pratique avec des résultats concrets. C'est un appel à l'action pour combattre un crime qui nous fait honte. Nous tous ne sommes pas ici pour nous renseigner sur le problème mais pour agir.

Innocence perdue

La traite des personnes est une problématique globale, mais en Afrique de l'Ouest elle est particulièrement virulente.

  • Au Congo, au Liberia et en Sierra Leone enfants - drogués, et forcés à amener des fusils aussi grands qu'eux mêmes - deviennent des tueurs, enfants soldats à la ligne de feu des conflits les plus sauvages.
  • Dans le Lac Volta, garçons avec des pierres nouées autour de leurs chevilles, sont forcés à plonger dans les eaux dangereuses pour défaire les filets.
  • Jeunes filles, attrapées par des situations de conflits , sont forcées à l'esclavage sexuel ;
  • Enfants, qui devraient être à l'école, travaillent des heures et des heures dans les plantations de cacao ou des mines (même ici, en Côte d'Ivoire) dans un travail atroce dont ils ne gagnent rien ;

Tout ceci va bien au delà du choc que ces enfants subissent. Comment l'Afrique peut penser à construire un avenir prospère et un environnement de paix si sa jeunesse est exploitée, terrorisée, soumise à l'esclavage ?

Aura-t-on un avenir pour les enfants enfermés dans cet engrenage de pauvreté et de violence - et si ceci est le cas, seront-ils ces enfants capables d'oublier les dégâts qu'ils ont vécus ? Seront-ils les enfants soldats d'aujourd'hui les mercenaires de demain ?

Pour s'assurer que nous pouvons répondre par « non » à ces questions, nous devons faire plus pour réduire la vulnérabilité des enfants d'Afrique à la traite des personnes.

Réduire la vulnérabilité à la traite des personnes

Pour commencer, pourquoi est-elle l'Afrique de l'Ouest et du Centre tellement vulnérable à ce crime ?

Peut être, la pire des tragédies que peut toucher un peuple est d'avoir une grande masse d'enfants vivant dans la pauvreté et dans la peur : orphelins, victimes des conflits, abandonnés par eux mêmes, sans éducation.

Parmi eux, les enfants soldats sont ceux qui attirent le plus d'attention : avec leurs mitrailleuses, ces enfants sont l'infanterie des guerres civiles en Afrique de l'Ouest. Les enfants sont particulièrement vulnérables dans les situations de conflit et de post-conflit, surtout quand ils sont séparés de leurs familles. Pour survivre, ils se plient à leurs chefs de guerre ; ils restent attrapés dans le cycle de violence qui les transforme de victimes en bourreaux.

Leur initiation commence avec la drogue qui les rendent encore plus dépendants de leurs maîtres. Sans plus d'émotions, ils deviennent des tueurs psychopathes comme dans la scène décrite par Ishmael Beah, un ex-enfant soldat dans son livre A Long Way Gone :

« Nous ouvrons le feu jusqu'au moment où le dernier de l'autre bande tomba par terre. Nous nous baladions parmi les cadavres et nous nous félicitions. L'autre groupe était composé d'enfants comme nous, mais cela nous laissa indifférents. Nous prenons leurs munitions, et assis sur les cadavres, nous commencions à manger la nourriture qu'ils avaient commencé à cuisiner. Touts autour de nous, le sang coulait des trous faites par les balles dans leur corps ».

Pourront jamais le désarmement, la démobilisation, la réinsertion, laver toutes ces taches ? Seulement le temps nous édifiera. Moi, je vous avoue que, à mon avis, ces enfants, ces victimes, n'ont pas besoin d'incarcération mais plutôt de réhabilitation.

Le traitement de la toxicomanie doit faire partie intégrale des programmes de réhabilitation post-conflit. Les enfants qui consomment la drogue et qui ont une arme pensent être invincibles, mais sans eux, ils comprennent vite combien ils sont vulnérables. Je rends hommage à tous les médecins, et les opérateurs sociaux qui, avec leur patience et leur assistance, sont capables de faire retourner ces enfants à la vie.

Même si elles sont doublement vulnérables, les filles touchées par les conflits, reçoivent moins d'attention que les garçons. Elles sont victimes des violences et abus sexuels, opérés par les groupes armés. Elles bénéficient rarement de programmes DDR et elles ne profitent d'aucun programme spéciale de réhabilitation. Souvent leur tragédie est accentuée par le SIDA ou autres maladies sexuellement transmissibles dont elles ont été contaminées. A cause de leur expérience et de leur maladie, elles sont stigmatisées, traumatisées, et abandonnées. Nous devons faire plus pour offrir à ces jeunes filles assistance et réhabilitation , ainsi que pour leur restituer leur dignité. En outre, nous devons tout faire pour rendre en justice les criminels responsables de violences sexuelles contre les femmes et les enfants en temps de guerre ainsi que ceux qui recrutent des enfants. La traite des personnes devrait figurer de façon proéminente parmi la liste des crimes pour lesquels les chefs de guerre africains sont responsables.

Ceci s'applique aussi aux déplacés internes ainsi qu'aux réfugiés. Leur camps ne devraient pas servir de base de recrutement pour les trafiquants de personnes. Je exhorte les agences humanitaires à devenir vigilantes contre les prédateurs, et les pays hôtes, à fournir plus de sécurité. Je demande aussi une sensibilisation accrue et des interventions dans les opérations de maintiens et de construction de la paix pour provenir et empêcher la traite. Il en va de soi que les forces de maintiens de la paix elles mêmes doivent absolument s'abstenir de contribuer à la problématique. Les Nations Unies doivent continuer à appliquer une politique de « zéro tolérance » vis-à-vis des casques bleues compromis dans des affaires d'abus sexuel et d'exploitation.

Bien sur que la pauvreté est parmi les causes de la traite. Il y aura toujours des criminels crapuleux prêts à tirer profit du désespoir de tous les jeunes africains qui rêvent d'un avenir meilleur. Nous devons faire plus pour informer les jeunes des dangers de la traite. Les compagnies de transport et de recrutement devraient aussi sensibiliser leur personnel et les rendre capables de dissuader les victimes potentiels.

Aux jeunes il faut offrir les capacités et les opportunités pour trouver leur place dans le monde du travail, y compris la possibilité d'émigrer. J'exhorte le monde des affaires à fournir une assistance aux victimes.

Toutes les compagnies qui ont des affaires en Afrique ont un rôle à jouer. Je vous demande de bien contrôler vos systèmes de production et de recrutement afin de ne pas être complice des pratiques facilitant la traite. Il y vas de la respectabilité de votre compagnie.

Nous, les consommateurs devrons utiliser notre pouvoir d'achat de façon plus efficace. Voulons nous vraiment manger du chocolat, rouler sur des pneus, porter des diamants tachés avec le sang et la sueur de l'esclavage ?

Une autre raison additionnelle qui rend l'Afrique de l'Ouest et Centrale vulnérable à la traite est l'impunité. Le risque d'être soumis à la justice minimale, spécialement dans ces pays fragilisés par les conflits ou la corruption. Il y'a encore des pays où la traite n'est pas un crime. Si le Tchad avait ratifié le Protocole des Nations Unies contre la traite et transposé ce protocole dans sa législation criminelle, le dernier incident avec l'ONG Arche de Zoé aurait certainement été traité de façon différente. Trop souvent, le sincère esprit caritatif et humanitaire est exploité sans aucun respect des procédures en vigueur qui règlent les adoptions.

En Afrique de l'Ouest et Centrale, il existe peu de contrôles pour empêcher les fausses adoptions. Les Forces de l'ordre n'ont pas la capacité d'investigation pour capturer les criminels et rassembler les preuves requises devant les tribunaux. En effet, dans la plus part des pays de l'Afrique de l'Ouest les criminels coopèrent plus efficacement à travers les frontières que la police.

Afrique, protége tes Enfants

Protéger vos enfants

Le Plan Directeur existe déjà, en commençant par le Protocole des Nations Unies contre la traite.

Il y a aussi le Plan d'Action CEDEAO/CEEAC et le Plan de Ouagadougou: ils sont des plans excellents.

Mais maintenant il faut passer à l'action. Les Gouvernements doivent faire plus pour transformer leurs bonnes intentions dans actions pratiques. Si vous avez besoin d'assistance législative, l'ONUDC peut vous aider. Si vous avez besoin d'assistance technique aussi. Si vous avez besoin de soutien financier, nous pouvons vous venir a l'encontre grâce à UN.GIFT.

Il faut commencer avec la criminalisation de la traite y compris le recrutement des enfants soldat, l'esclavage sexuel et le travail forcé.

Il faut sensibiliser vos citoyens, particulièrement le groupes les plus à risque, sur ce crime et sur la façon de le prévenir. Dans ce cadre, un rôle importante doit être joué par la société civile et le médias.

Il faut renforcer le système judiciaire afin d'assurer les malfaiteurs à la justice criminelle.

Il faut assurer protection aux témoins afin qu'ils puissent collaborer avec la justice.

Il faut aider les victimes à regagner leur dignité, à se réintégrer dans la société; il faut qu'ils puissent trouver compensation aux peines qu'ils ont soubises.

Il faut améliorer la coopération policière régional pour assurer une persécution sans frontières de ces criminels.

Il faut renforcer les système de contrôle et de supervision basés sur les mécanismes prévus dans la résolution 1612 (2005) du Conseil de Sécurité des NU en matière d'enfants soldat.

Je vois exhorte aussi à collecter tout donnée sur les cas de trafique afin de pouvoir bâtir des politique fondée sur la connaissance du phénomène.

Mesdames, Messieurs,

Les plans nationaux et régionaux et le momentum génèrés par UN.GIFT, nous offrent une opportunité historique de renforcer les défenses de nos sociétés contre un crime qui ne doit pas avoir aucune place dans le 21eme siècle.

Cette réunion d'experts sera jugée par ses résultats - à savoir dans quelle mesure nos efforts serviront à améliorer la vie de beaucoup d'enfants. Je vous exhorte donc à concentrer votre attention dans la formulation de solutions pratiques visant à réduire la souffrance, l'abus, l'exploitation et même la mort d'innombrables enfants en Afrique et dans le monde entier.

Merci de votre engagement et je nous souhaite une meilleur réussite.