Les experts de terrain afghans mettent leur vie en danger

Photo: UNODC Afghanistan: Abdul Basir Basirat (centre) during a monitoring exercise in Achin District, Afghanistan

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15 décembre 2010 - L'Afghanistan est le plus grand fournisseur d'opium du monde. Les champs de pavot fleurissent le paysage, mais ces belles fleurs sont la matière première de la drogue la plus dangereuse de monde, l'héroïne.

Grace à son bureau régional en Afghanistan, UNODC contribue à la collecte et la diffusion de données fiables sur les tendances nationales de l'Afghanistan, notamment en matière de culture du pavot et du cannabis, et en matière de corruption.

UNODC, l'une des principales sources de données sur la culture du pavot en Afghanistan, publie chaque année un Rapport sur l'opium en Afghanistan grâce à une équipe dévouée sur le terrain. Des experts qualifiés se rendent sur les champs d'opium  partout dans le pays pour minutieusement  collecter des données sur le nombre de pieds de chaque champs, leur localisation et leur cycle.

Pour avoir un aperçu de leur travail ardu et dangereux, nous avons parlé à deux experts afghans, Abdul Basir Basirat (qui travaille à UNODC depuis 1997) et Sayed Ahmad Asmati (qui rejoignit UNODC en 2002). Abdul et Sayed sont tous deux coordinateurs régionaux d'enquête pour les zones Est et Sud respectivement.

En leur qualité de coordinateurs d'enquête, Abdul et Sayed supervisent des équipes d'enquêteurs et coordonnent l'intégralité du processus, de la formation au contrôle des enquêteurs dans les champs. UNODC travaille étroitement avec le Ministère afghan de la lutte contre les stupéfiants pour former des équipes d'enquêteurs, les envoyer sur le terrain collecter les données, et procéder à des vérifications spontanées dans les villages pour confirmer les enquêtes.

Photo: UNODC Afghanistan: Sayed Ahmad Asmati (second left) surveys the crop in an opium poppy field in Afghanistan

Pour collecter des données, les enquêteurs utilisent plusieurs méthodes, notamment des estimations de champs, des entretiens avec les anciens des villages et les paysans, des enquêtes cernées et de segment par imagerie satellite utilisant les GPS et GIS. Cet exercice qui demande beaucoup de temps et d'énergie, s'étend sur plusieurs mois pour couvrir toutes les provinces touchées d'Afghanistan.

Ce travail comporte des risques. En 2008, un enquêteur, Fasal Ahmad, mourut dans une explosion dans la région Est prétendument organisée par les Talibans, parce qu'il collecter des données sur la culture du pavot.

« Nous allons de village en village et nous parlons à des anciens et des paysans qui cultivent le pavot, qui ont cessé de cultiver ou qui ne l'ont jamais fait, » dit Sayed.

La plupart du temps, les enquêtes de UNODC sont bien accueillies par la population locale, exception faite de celle portant sur l'éradication du pavot à opium. En 2005, le gouvernement afghan initia une éradication des champs de pavot dans ce pays, expliqua Abdul, « La politique d'éradication du pavot reçut une réaction hostile de la part des paysans et la tâche s'est avérée très dangereuse pour les équipes impliquées. »

« Ces gens ont très peu de terre cultivable, et l'utilise pour cultiver du pavot. Ils font cela à cause de la pauvreté, et puisqu'ils dépensent de l'argent pour cette culture, ils n'aiment pas voir leurs champs détruits, » expliqua Sayed.

« Près de soixante personnes furent tuées en 2008 en lien avec l'éradication des champs de pavot, » ajouta Sayed. « Souvent, dans la province de Hilmand, les enquêteurs découvrent des mines anti-personnelles placées contre les équipes d'éradication, » dit Abdul.

Malgré ces risques, Sayed et Abdul trouvent leur force et leur volonté dans leur foi et dans la poursuite de la vérité. « Je suis content du travail que je fais pour UNODC car il me permet de transmettre la vérité au monde, » déclara Sayed. « Je suis heureux car je veux aider les gens à rester loin des drogues, » ajouta-t-il. « Notre droit fondamental interdit la consommation de drogue. Nous affrontons le danger sachant que notre destin est dans les mains de Allah, » affirma Abdul.

Les autres enquêtes avec lesquelles ils furent impliqués sont celles sur le cannabis et sur la corruption. Une enquête récente montre que la culture du cannabis en Afghanistan augmente d'année en année, avec une hausse de la demande et le prix élevé du haschisch. « Les paysans ne gagnent pas suffisamment d'argent avec seulement un type de culture, donc ils en plantent d'autres, » expliqua Abdul.

Sayed souligna le fait que la demande internationale était un facteur important de la situation actuelle de l'Afghanistan, affirmant que si la demande baissait les cultivateurs auraient moins d'incitation à cultiver des stupéfiants. Ils appelèrent à un soutien et une aide de la communauté internationale, nous rappelant que les paysans afghans étaient poussés vers la culture de substances psychotropes par leur condition de vie précaire.

« Le monde ne doit jamais oublier l'Afghanistan, » conclurent-ils.

Informations Complémentaires:

UNODC Crop Monitoring

UNODC Afghanistan

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