Le coût de la corruption en Afghanistan s'élèverait à 3,9 milliards de dollars

8 février 2013 - Le coût total de la corruption en Afghanistan a considérablement augmenté au cours des trois dernières années, et atteindrait aujourd'hui 3,9 milliards de dollars. En dépit d'une baisse significative du nombre de pots-de-vin, la fréquence de cette pratique a toujours des effets préjudiciables sur la société afghane.

En 2012, la moitié des Afghans ont versé un pot-de-vin en contrepartie d'un service public et près de 30% ont fait de même dans le secteur privé, indique la dernière étude sur les tendances de la corruption publiée conjointement par l'Autorité de surveillance et de lutte contre la corruption et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime ( Corruption in Afghanistan: recent patterns and trends).

Si ces chiffres sont élevés, des progrès ont cependant été enregistrés, puisqu'ils étaient 59% à avoir versé un pot-de-vin à un agent de l'État en 2009. Toutefois, la fréquence de cette pratique s'est accrue, passant de 4,7 dessous-de-table par personne à 5,6, de même que le montant, qui est passé de 158 dollars à 214, soit une augmentation de 29%.

« Les pots-de-vin que les Afghans ont versé en 2012 représentent le double du revenu domestique du pays ou encore un quart du montant total des annonces de contribution faites à Tokyo », a indiqué le représentant régional de l'ONUDC, Jean-Luc Lemahieu. Il fait référence à une conférence internationale de donateurs qui s'est tenue en juillet dernier au Japon, et au cours de laquelle 16 milliards de dollars ont été promis à l'appui du développement économique de l'Afghanistan au cours des quatre prochaines années, à condition toutefois que le gouvernement lutte efficacement contre la corruption avant de pouvoir percevoir l'intégralité de ce montant.

« Personne ne doute de l'importance de cette question, le plus délicat étant ici de mettre au point la stratégie la plus appropriée afin de remédier à cette situation », a résumé M. Lemahieu.

Si la corruption est perçue par une majorité d'Afghans comme l'un des problèmes les plus importants qui se posent à leur pays, il semble qu'elle se banalise et, qu'avec le clientélisme, ils soient considérés comme partie intégrante de la vie quotidienne.

L'étude, effectuée auprès d'un échantillon de 6.700 Afghans âgés de plus de 18 ans à travers tout le pays, révèle que 68% d'entre eux considèrent qu'il est acceptable pour un fonctionnaire d'améliorer un faible salaire avec des pots-de-vin. En outre, 67% des citoyens considèrent parfois comme acceptable pour un fonctionnaire d'être recruté sur la base de ses relations familiales ou de ses amitiés.

Dans la plupart des cas, les dessous-de-table sont versés afin d'obtenir de meilleurs services ou de les obtenir plus rapidement. Parois, il s'agit d'influencer les activités de la police ou des décisions de justice, ce qui ne fait qu'éroder l'état de droit et la confiance dans les institutions.

L'étude souligne que le secteur de l'éducation est l'un des plus vulnérables à la corruption, le pourcentage d'individus versant des pots-de-vin à des enseignants étant passé de 16 à 51% entre 2009 et 2012.

« Les Afghans savent que la corruption défait le tissu social », a souligné M. Lemahieu. « La solution n'est pas seulement à chercher du côté des gouvernants, mais aussi au sein de la communauté au sens large. »

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