Journée internationale Nelson Mandela : l'ONUDC visite des centres de détention au Sénégal

« Personne ne peut prétendre connaître vraiment une nation, à moins d'avoir vu l'intérieur de ses prisons. Une nation ne doit pas être jugée selon la manière dont elle traite ses citoyens les plus éminents, mais ses citoyens les plus faibles » - Nelson Mandela

La Journée internationale Nelson Mandela, fêtée depuis 2010, le 18 juillet, célèbre l'homme qui a fait une contribution immesurable à la culture de paix et de liberté. Les 27 ans qu'il a passé en prison, du fait de son combat en faveur de l'égalité et de la démocratie de son peuple, a inspiré la dénomination de la version révisée de l'Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus les « Règles Nelson Mandela ».

 
La délégation de l'ONUDC aux portes du camp pénal Liberté 6 de Dakar.

A l'occasion de cette journée, les Nations Unies font la promotion des conditions de détention humaines, à la sensibilisation de l'opinion publique sur le fait que les détenus continuent de faire partie de la société et à la reconnaissance de l'importance particulière du travail social accompli par le personnel pénitentiaire.

Pour commémorer la journée au Sénégal, une forte délégation du Bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre de l'ONUDC a visité la maison d'arrêt pour les femmes et le camp pénal de Liberté 6 de Dakar, ainsi que les réalisations récemment inaugurées en l'occurrence le « quartier spécial », aménagé pour les détenus considérés « très dangereux » et le centre médico-social attaché au camp pénal.

La visite a été conduite par le directeur de l'administration pénitentiaire, le Colonel Daouda Diop, de ses collaborateurs, qui a souligné que malgré les nombreux défis qu'affronte le système pénitentiaire sénégalais, l'administration essaye de faire son mieux avec les ressources disponibles, pour améliorer les conditions de détention.

Parmi les défis présents au sein des centres de détention visités, nous retrouvons, tout d'abord, un problème de surpopulation carcérale. En effet, le camp pénal, centre de détention pour les peines de longue durée, a été conçu pour une capacité de 800 détenus, mais accueille à l'heure actuelle 1.041 détenus. Par ailleurs, les ressources financières consacrées aux détenus au Sénégal présentent aussi des obstacles pour l'administration pénitentiaire. Même si dans ce domaine il y a eu des avancées timides, les dernières trois années l'État est passé de 600 francs CFA journaliers par détenu à 1.000 francs CFA. Cette allocation n'est pas satisfaisante au regard des besoins qu'il faut satisfaire, notamment la nourriture et la santé des détenus.

 

       
Certains des ateliers visités: Couture, Menuiserie et Artisanat.

Toutefois, l'administration pénitentiaire fait de son mieux pour que les conditions de détention soient les meilleures et surtout pour assurer la réinsertion des détenus et éviter la récidive, comme en témoignent les efforts du nouveau centre médico-social rattaché au camp pénal, ainsi que les divers ateliers qui visent non seulement à occuper les détenus mais à les former pour leur réinsertion sociale.

A cet égard, la délégation a pu visiter, chez les femmes, des ateliers de couture et de coiffure, ainsi que les activités d'alphabétisation en langues nationales réalisées en collaboration avec le ministère de l'Éducation. Au niveau du quartier des hommes, on découvre des ateliers de couture, de menuiserie, d'artisanat et une salle d'informatique avec quelques machines offertes par l'Agence de développement de l'informatique de l'État.

  Visite de la Galerie de la réinsertion

Parmi les projets de réinsertion, on note deux très ambitieux. D'une part, le développement d'une unité industrielle de couture au sein du camp pénal de liberté 6, qui engagerait plus de 200 détenus et pouvant fournir des uniformes à plusieurs organismes comme l'administration pénitentiaire et la police. D'autre part, la mise en place d'une boulangerie qui a pour objectif de fournir en pain tous les établissements pénitentiaires de Dakar (près de 4000 baguettes). L'autonomie au regard de l'approvisionnement du pain serait donc assuré. Mieux, la boulangerie, permettra la production de pain individuel, le premier pas vers l'individualisation des repas, un objectif à long terme. Tantôt, l'atelier de couture comme la boulangerie, ont pour objectif que les détenus suivent une formation leur permettant l'obtention d'un diplôme. Ces efforts visent à soutenir la réinsertion des détenus et éviter la récidive.

La délégation de l'ONUDC a également pu visiter la Galerie de la réinsertion un espace où sont exposés les réalisations des détenus des prisons sénégalaises : tableaux d'art, sacs et chaussures faits à la main, habits en tissus teint, et autres objets d'artisanat (boucles d'oreilles, porte-clés…), dont les profits de ventes reviennent aux détenus, qui ont le choix sur  la manière dont ils veulent en disposer. 

Enfin, la délégation de l'ONUDC a fait une remise officielle au directeur de l'administration pénitentiaire des lots du manuel «  Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus  » appelées aussi Règles Nelson Mandela, lesquelles rappellent le rôle fondamental que les prisons jouent dans la société, indispensables à la fois pour la sécurité publique ainsi que pour le développement de la société. En effet, les objectifs principaux des peines d'emprisonnement et mesures similaires privant l'individu de sa liberté, sont de protéger la société contre le crime et d'éviter la récidive. Il n'est jamais question d'exclure complètement le citoyen-détenu, car la personne en détention reste un citoyen de la société qui va devoir y retourner à la fin de sa période de détention. Cela veut dire que les prisons ne constituent pas seulement un instrument répressif, mais doivent viser à être surtout, un instrument de rééducation et de réinsertion de l'individu ayant commis l'infraction pénale. 

   
Remise des lots du manuel « Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus » à la fin de la visite.

L'ONUDC, gardien des Règles Nelson Mandela, comme l'a rappelé le Directeur Exécutif, M. Yury Fedotov dans sa déclaration pour la Journée, « est responsable d'assurer  une assistance technique et des services consultatifs aux Etats Membres dans le domaine de la reforme pénale. Pour atteindre ce but, l'ONUDC a récemment lancé un nouveau Programme global faisant face aux défis des prisons, qui a pour but de réduire la portée de l'emprisonnement ; renforcer la gestion des prisons et améliorer les conditions des prisons ; et faciliter la réintégration sociale des prisonniers suite à leur libération ».

Pour de plus amples informations :

L'ONUDC et la gestion des prisons

Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus

Règles des Nations Unies concernant le traitement des détenues et l'imposition de mesures non privatives de liberté aux délinquantes » (Règles de Bangkok)