Protection des victimes et arrestation de trafiquants: Justice est faite au Mali

Oumou Niaré est une femme magistrate de nationalité malienne qui, dans sa longue carrière de 14 ans, a toujours travaillé sur des cas liés à la traite des personnes, dans un pays largement touché par le phénomène. En effet, du fait de sa position géographique et du contexte socio-politique régional, le Mali est devenu un point de passage pour de nombreux migrants venus d'Afrique de l'Ouest et en route vers l'Europe. Ces derniers sont particulièrement vulnérables et se retrouvent souvent entre les mains de trafiquants impliqués dans de plus vastes réseaux criminels.

L'ONUDC a rencontré Mme Niaré en janvier 2019, après avoir entendu parler de sa carrière et de son impact dans son pays. Cette rencontre a permis de faire un bilan des activités et formations en matière de lutte contre la traite et le trafic illicite de migrants organisées au Mali et de mettre en avant un profil de femme magistrate à l'occasion de la Journée internationale de la Femme.

Lorsque Mme Niaré a débuté sa carrière de jeune magistrate en 2004, le Mali ne possédait pas encore de texte de loi spécifique portant sur les infractions liées à la traite des personnes. C'est donc dans un climat de frustration qu'elle démarre sa vie professionnelle faisant face à des difficultés pour appréhender ce type de criminels. Dans la plupart des cas, les affaires qu'elle entreprend finissent classées sans suite. Mais c'est surtout au niveau personnel qu'elle nous confesse souffrir de son apparente incapacité à aider les nombreuses jeunes filles qui sont victimes de traite et d'abus en tout genre dans son pays, notamment celles ayant été trafiquées depuis leur pays d'origine. Son combat devient alors personnel.

Mme Niaré reçoit ses premières formations de l'ONUDC en 2012. La même année, un nouveau cadre légal concernant la traite des personnes est voté au Mali via l'adoption d'une loi spécifique, et elle explique que « c'est ainsi que j'ai vraiment commencé à approfondir mes connaissances sur la traite des personnes ». L'enchaînement de formations de l'ONUDC « m'ont donné beaucoup d'avance sur les autres magistrats maliens concernant la traite des personnes, et d'un coup je me suis retrouvée avec le bon outillage et la bonne expertise pour combattre de manière efficace ces crimes ».

    

Elle explique également que les formations et cette nouvelle loi ont provoqué un changement déterminant dans sa carrière, tant du point de vue humain que judiciaire. En effet, « avant, nous (magistrats du Mali) n'étions concernés que par les personnes commettant les infractions, avec peu ou pas d'égard pour les victimes. Les formations nous ont invitées à changer cette perspective et à prendre en compte de manière beaucoup plus approfondie la protection et le rôle de la victime et à la mettre au centre du débat juridique ».

Pour illustrer ses propos, elle nous relate un cas de traite auquel elle a été confrontée en janvier 2019. C'est le cas de deux jeunes femmes (leur anonymat est préservé pour des raisons de sécurité) venues du Nigéria, passées par le Bénin, pour finir dans la région de Kayes qui est une zone minière du Mali où la prostitution forcée est un phénomène malheureusement courant.

Les deux filles, dont une mineure, étaient exploitées sexuellement aux abords des campements miniers. Selon les informations recueillies par Mme Niaré grâce à la confiance acquise, ces deux jeunes femmes ont réussi à prendre la fuite de la région de Kayes pour arriver jusqu'à Bamako où elles ont été placées dans un centre d'accueil. Grâce à cette prise en charge et à l'assistance portée aux victimes de traite, elle a pu les interroger et a réuni assez d'informations pour obtenir un mandat d'arrêt contre deux des trafiquants de la région de Kayes qui exploitait un grand nombre de femmes.

C'est une double victoire pour Mme Niaré qui explique que, d'une part, les victimes ont été mises à l'abri du danger et d'autre part, les auteurs de traite ont été traduits en justice. « Avant je n'aurais pas été en mesure de poursuivre ces infractions dans mon pays » nous explique la magistrate, qui est aussi fière d'annoncer que son expertise sert très régulièrement de relais pour ses collègues au Mali. Beaucoup de ses confrères et consœurs n'hésitent pas en effet à faire appel à son expertise et à coopérer avec elle pour mieux appréhender ce type de criminalité. Elle conclut ses propos en déclarant que c'est grâce aux multiples formations offertes par l'ONUDC que ces deux filles ont pu être sauvées du traitement misérable auxquelles elles étaient soumises, depuis plusieurs mois et que ce sont ces petits combats réussis, à travers l'inculpation des criminels responsables, qui, pour elle, donnent tout son sens à sa mission envers son pays.

Les activités de l'ONUDC au Mali ont été organisées dans le cadre de la Stratégie Régionale de l'ONUDC de lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite de migrants 2015-2020 et du Programme régional de l'ONUDC en Afrique de l'Ouest (2016-2020), au travers notamment du Programme Sahel et du projet PROMIS et contribuent à l'achèvement des Objectifs de développement durable 5, 10 et 16.

Pour de plus amples informations :

L'ONUDC encourage l'autonomisation des femmes en Afrique de l'Ouest

Stratégie Régionale de l'ONUDC de lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite de migrants 2015-2020

Rapport mondial sur la traite des personnes 2018 (en anglais)

L'ONUDC célèbre la Journée de la Femme et fait un bilan sur sa stratégie vis-à-vis du genre