Vers un système de renseignement criminel propre au G5 Sahel

 
             
Cette activité a été financée par la République Fédérale d'Allemagne

Les récentes attaques perpétrées à Inates (décembre 2019) et Chinagoder (janvier 2020) et ayant coûté la vie à respectivement 71 et 89 soldats nigériens démontrent bien que la région du Sahel connaît une dégradation sans précédent de sa situation sécuritaire. Ces attaques par des groupes armés terroristes sont de plus en plus fréquentes et constituent une menace grave contre laquelle les Etats du G5 Sahel tentent de lutter. Dans ce contexte, le renseignement criminel apparaît alors comme étant un outil central dans la résolution des défis liés au terrorisme et à la criminalité transnationale organisée dans la région.

En effet, un renseignement criminel effectif peut aider à déjouer des attaques terroristes ou encore à identifier des réseaux criminels. Moustapha Mouzouni, expert international de l'ONUDC, affirme que les informations récoltées dans le cadre de ce renseignement sont non seulement essentielles «  pour guider les opérations militaires de la Force conjointe du G5 Sahel », mais également «  pour assurer une judiciarisation effective  des cas soulevés ». La stratégie du G5 Sahel doit, dès lors, s'appuyer sur une forte culture de renseignement. Bien que le G5 Sahel ait pris des dispositions en ce sens, notamment avec la création de la Plateforme de Coopération en Matière de Sécurité (PCMS), le partage, le traitement et l'exploitation de l'information entre les Etats du Sahel restent embryonnaires, empêchant ainsi le G5 Sahel de disposer d'un système de renseignement criminel opérationnel et efficace.

L'Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) a donc organisé, du 10 au 12 décembre 2019 à l'Ecole de Maintien de la Paix de Bamako (Mali) et en partenariat avec INTERPOL, un atelier de réflexion sur le renforcement du système de renseignement criminel du G5 Sahel.

La cérémonie d'ouverture a été animée par la représentante de l'ambassade de la République Fédérale d'Allemagne, le représentant de la Coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies au Mali, le Point focal du G5-Sahel au Mali, et le Directeur de l'Ecole de Maintien de la Paix. L'atelier a rassemblé 60 participants, dont huit femmes, représentant les structures du G5 Sahel (PCMS, Composante police de la force conjointe) et les services de renseignement de tous les Etats membres du G5 Sahel (Service de renseignement antiterrorisme, Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants et les Bureaux Centraux Nationaux). Des experts en renseignement criminel et des partenaires techniques et financiers ont également pris part aux débats.

Les principaux objectifs de cet événement étaient de renforcer les mécanismes d'échange d'informations entre les composantes militaires et sécuritaires du G5 Sahel, afin de les harmoniser et de renforcer les connaissances des méthodes et outils en matière de renseignement criminel.

Au cours des trois jours de travaux, les participants ont, pour la première fois, élaboré une cartographie du système de renseignement criminel de leurs Etats respectifs, permettant ainsi de mettre évidence l'existence, sous une forme ou une autre, de services de renseignement criminel dans chaque Etat du G5 Sahel. Cet exercice a également permis d'identifier les défis auxquels sont confrontés les Etats du G5 Sahel en matière de renseignement. En effet, il est ressorti des échanges entre les participants qu'il n'existe pas de standards communs de collecte et de diffusion de l'information, que certains Etats du G5 Sahel ne disposent pas de services de renseignements pénitentiaires, ou encore que d'autres peinent à rendre systématique le partage des informations entre les différents services internes. Enfin, le circuit d'échange d'information entre les structures du G5 Sahel a été discuté et a permis de s'accorder sur l'importance de la PCMS, comme acteur clé en matière de renseignement, et de la Composante police qui doit pouvoir partager toute information avec la Force conjointe et les autres acteurs du G5.

Les experts internationaux ont considérablement enrichi cette réflexion, notamment au travers de la présentation, par INTERPOL, de son système I-24/7 qui est le mode d'échange d'information le plus utilisé par les agents d'application de la loi des pays du G5 Sahel. Cet atelier a également été l'occasion de présenter certains outils et programmes développés par l'ONUDC, tels que les logiciels « GO Case » sur la gestions de cas pratiques et SINAS sur l'échange d'information en matière de trafic d'armes, ainsi que le Programme de communication aéroportuaire ( AIRCOP ) qui encourage le partage d'information en temps réel entre les Cellules Aéroportuaires Anti-Trafics (CAATs).  Cette réflexion s'est achevée par un rappel de l'importance du personnel féminin dans les services du renseignement criminel . En effet, la participation effective des femmes aux systèmes de renseignement représente un avantage stratégique et opérationnel certain, dans la mesure où elle améliore incontestablement les relations et la confiance avec les populations locales et permet ainsi de mieux identifier et accéder aux sources d'information.

                       

La richesse des discussions a donc permis d'adopter d'importantes recommandations en vue de poser les premières bases du renforcement du système de renseignement criminel au sein du G5 Sahel. Ces recommandations prévoient notamment de poursuivre la réflexion à travers l'organisation d'une réunion sur la standardisation de l'échange d'information au sein des structures sécuritaires du G5 Sahel.

Cet atelier a été organisé avec l'appui financier la République Fédérale d'Allemagne, dans le cadre du Programme Sahel de l'ONUDC. A travers le Programme Sahel, l'ONUDC entend promouvoir, au sein des agences d'application de la loi des Etats du G5 Sahel, la culture de la collecte des renseignements et du  partage de l'information entre les différentes agences d'application de la loi à un niveau national ainsi qu'entre pays d'origine, de transit et de destination des terroristes et des réseaux criminels.

L'appui au G5 Sahel se fait à travers une coopération étroite avec les agences du Système des Nations Unies et les autres partenaires (HCDH, Union Européenne, INTERPOL, GIZ, etc.). Ainsi, l'ONUDC poursuit son engagement et contribue à renforcer l'Objectif de développement durable 16 qui vise à «  Appuyer, notamment dans le cadre de la coopération internationale, les institutions nationales chargées de renforcer, à tous les niveaux, les moyens de prévenir la violence et de lutter contre le terrorisme et la criminalité, en particulier dans les pays en développement »

Pour plus d'informations:

G5 Sahel

Programme Sahel