L'engagement communautaire dans la lutte contre l'exploitation des enfants au Sénégal

En Afrique, on estime que plus de 60% des victimes de la traite des personnes sont des enfants. Au Sénégal, le phénomène est souvent lié à des institutions d'éducation non formelles, connues sous le nom de Daara, où les enfants sont forcés à mendier dans les rues pendant de longues heures et souvent soumis à des violences physiques et psychologiques. Récemment, une cartographie des écoles coraniques de la région de Dakar a révélé qu'il y a plus de 30 000 enfants contraints à mendier dans les rues de la ville tous les jours. Au regard de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, cette pratique répond à la définition de la traite d'enfants.

Pour contrer ce phénomène, l'ONUDC a organisé du 28 février au 3 mars 2015, en collaboration avec les municipalités de Médina et Gueule Tapée, ainsi qu'avec le soutien d'organisations communautaires, des chefs religieux, des femmes et des groupes de jeunes, un mouvement communautaire contre cette forme d'exploitation des enfants, connus au Sénégal comme les talibés. Lors d'un forum qui a réuni plus de 250 personnes dans le centre culturel de Douta Seck dans la municipalité de Medina, divers participants ont exprimé leur indignation contre l'exploitation quotidienne de milliers d'enfants au Sénégal.

 
Campagne de plaidoyer appuyée par l'ONUDC pour lutter contre la mendicité forcée des enfants au Sénégal

Après quatre heures de discussions sincères, d'utiles recommandations ont été adressées au gouvernement et aux leaders religieux communautaires sénégalais. Une des recommandations les plus urgentes concerne l'application de la loi sur la traite des personnes au Sénégal, qui criminalise la mendicité forcée des enfants. Les participants ont également été invités à prendre part à une marche pour commémorer l'anniversaire de la mort de neuf talibés qui ont péri quand un incendie s'est déclenché alors qu'ils dormaient dans une chambrette bondée.

Pendant le forum, un film produit par l'ONUDC sur la mendicité des enfants a été diffusé. Ce fut l'occasion pour rappeler au public les difficultés rencontrées par les talibés dans leur vie quotidienne. Le film Le Cheval Blanc a déclenché une discussion sur les voies et moyens pour mettre fin à cette forme d'esclavage moderne.

Conformément à son mandat et grâce aux fonds de l'USAID, l'ONUDC met actuellement en œuvre un projet conjoint avec les municipalités de la Médina et de Gueule Tapée Fass Colobane. Le projet est destiné à renforcer les efforts déjà entrepris par le gouvernement sénégalais, et aidera à soutenir et à créer une dynamique au sein des communautés, afin d'aboutir à un changement dans les normes sociales liées à la question des talibés.

Pour de plus amples informations:

Rapport mondial sur la traite des personnes 2014