Le journalisme d'investigation dans le Sahel: un rôle essentiel dans la lutte contre la corruption et le crime organisé

     
Cette activité a été financée par l'Autriche et le Danemark

Les effets déstabilisateurs du commerce illicite de drogue et d'armes se déroulant dans le Sahel et autres pays d'Afrique de l'Ouest, et leur impact sur le développement et la sécurité, ont de graves répercussions sur les populations locales. Ces crimes entravent la croissance économique, réduisent les investissements et les efforts de paix, notamment dans la région du Sahel. Sous-jacent à ces problèmes, la corruption est souvent considérée comme un facteur facilitant le crime organisé, mais un phénomène qui devient aussi de plus en plus difficile à détecter. Les journalistes jouent donc un rôle prépondérant pour exposer les méfaits de la corruption à tous les niveaux de la société en montrant comment elle affecte la vie quotidienne des citoyens ordinaires.

En réponse aux effets dévastateurs de la corruption et la criminalité organisée sur le développement humain et la sécurité dans le Sahel, l'ONUDC a organisé un atelier de quatre jours pour les journalistes de la région en partenariat avec l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), l'Institut Panos d'Afrique de l'Ouest, le African Network of Centers for Investigative Reporting (ANCIR) et le Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP).

L'atelier qui s'est tenu du 24 au 27 novembre 2014 à Saly, au Sénégal, a permis à des journalistes d'investigation de renom et des journalistes moins expérimentés de 14 pays d'Afrique de l'Ouest de partager leurs connaissances et leur expertise sur les techniques d'enquête pour dénoncer la corruption et le crime organisé. «En mettant nos connaissances ensemble et en communiquant régulièrement entres nous, nous serons plus informés et plus efficaces dans notre travail au quotidien», a mentionné M. Samuel De Jaegere, Conseiller sur la lutte contre la corruption au Bureau régional de l'ONUDC pour l'Afrique de l'Ouest et centrale. Plusieurs journalistes d'Amérique latine et d'Europe, tous issus de pays figurant sur la "route de la cocaïne", ont également pris part à l'atelier et ont partagé leurs expériences.

Les participants comprenaient des journalistes, des responsables gouvernementaux et des experts internationaux

Les participants à l'atelier, organisé dans le cadre du Programme Sahel de l'ONUDC grâce au soutien de l'Autriche et du Danemark, a souligné le fait que le journalisme d'investigation éthique et rigoureux joue un rôle fondamental dans la dénonciation des actes criminels et dans le processus pour traduire les responsables en justice. Ceux-ci ont discuté des défis persistants que représentent le journalisme d'investigation, tels que le manque de ressources et de capacités techniques, les difficultés d'accès à l'information, ainsi que les menaces physiques et poursuites intentées contre eux. Dans ce contexte et compte tenu de la nature transnationale de la corruption et du crime organisé, les journalistes ont souligné l'importance du réseautage régional et interrégional. Les journalistes ont également été formés sur les techniques d'enquête et sur la façon de mieux assurer la sécurité de leur personne et de leurs informateurs. Des experts ont partagé des conseils sur la façon de rendre leurs communications plus sûres et sur comment accéder à des informations nécessaires pour leur travail.

À la fin de l'atelier, les participants ont adopté la Déclaration de Saly appelant, entre autres, pour la création d'un Centre pour le journalisme d'investigation en l'Afrique de l'Ouest ayant comme objectif de renforcer la capacité des journalistes d'investigation dans la région. La Déclaration encourage également les journalistes de solidifier leur collaboration avec les autorités et les institutions de lutte contre la corruption et crime organisé. Mme. Veronic Wright, Conseillère régionale de Justice pour l'ONUDC en Afrique de l'Ouest et centrale a affirmé que « L'ONUDC considère le journalisme d'enquête comme une composante importante dans la lutte contre la corruption, et à travers son Programme Sahel, supporte la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC) et les acteurs non-étatiques tels que les journalistes.»

L'ONUDC considère le journalisme d'investigation comme une mesure préventive efficace de par l'article 13 de la CNUCC, qui demande aux gouvernements de prendre des mesures appropriées pour promouvoir la participation active des individus et des entités privées dans la prévention et la lutte contre la corruption et sensibiliser le public à l'existence, aux causes et à la gravité de la menace posée par la corruption. L'UNODC a dans ce sens mis au point un outil de référence pour les gouvernements et les journalistes, intitulé Communication sur la corruption, qui couvre un large éventail de sujets, y compris la protection de l'anonymat des sources, le droit d'accès à l'information, et des mesures d'autorégulation.

L'ONUDC a également publié en 2013 une évaluation des menaces de la criminalité transnationale organisée en Afrique de l'Ouest, en regardant les menaces posées par le trafic illicite de cocaïne, de cannabis, d'armes à feu, les médicaments contrefaits, méthamphétamines et le trafic illicite des migrants. Le rapport documente, entre autres, le flux de cocaïne en provenance d'Amérique latine, à travers l'Afrique de l'Ouest, pour se rendre vers l'Europe.

Pour de plus amples informations:

Reporting on Corruption: A Resource Tool for Governments and Journalists(Version française à venir)

Cette activité a été financée par l'Autriche et le Danemark