Rétablir la confiance et le dialogue transfrontaliers au Mali et au Niger grâce aux radios communautaires

29-05-2020

ANDERAMBOUKANE  Pour la première fois, les dirigeants des communautés, les Forces de défense et de sécurité et les représentants du système judiciaire se sont réunis pour parler ouvertement, dans une émission de radio consacrée aux problèmes de sécurité régionale qui ont alimenté une méfiance grandissante entre eux.

Dès que l'émission a été retransmise, le téléphone de la petite salle d'enregistrement de Radio Dodia s'est mis à sonner sans interruption.   L'impact a été immédiat, puisque l'on estime à 40 000 le nombre de personnes qui ont écouté l'émission au Mali et au Niger, de l'autre côté de la frontière.

La radio Dodia est l’une des radios communautaires choisie par le projet conjoint ONU Femmes - ONUDC : Appui aux initiatives transfrontalières de dialogue communautaire avec les acteurs du secteur de la sécurité et de la justice pour la consolidation de la paix au Mali et au Niger,  financé par le Peacebuilding Fund.

Au totale, sept stations locales diffuseront les débats entre les représentants des communautés, les forces de défense et de sécurité et les acteurs de la chaine pénale.

Le projet transfrontalier vise à établir un dialogue et une médiation par le biais de mécanismes de consolidation de la paix tels que des tables rondes et des forums entre les acteurs clés de la justice des forces de défense et de sécurité et les communautés à Ménaka, Gao et Tillabéry afin de rétablir la confiance entre ces acteurs et en vue de mettre fin aux affrontements.

"C'est une zone où l'élevage, l'agriculture et la pêche sont les principales activités, mais où il existe des conflits dans la région. Le bétail passe par ici et nous nous retrouvons avec une concentration d'éleveurs qui viennent de partout," explique Mr Mohammed Samate, directeur de la Radio Dodia.

    
   

Depuis de nombreuses années, les conflits intra et inter-communautaires liés à la transhumance des animaux et à la gestion des pâturages - constituent un défi sécuritaire pour les villes des deux côtés de la frontière. Les violentes attaques de groupes rebelles séparatistes au Mali et de groupes extrémistes au Mali et au Niger ont aggravé le conflit.

"La gestion des pâturages est un problème. La radio a dû gérer ces conflits entre éleveurs. Grâce à nos activités de gestion des conflits avec l'ONUDC, nous diffusons le Code pastoral et la Loi pastorale. Cela a aidé les gens à comprendre le passage des animaux, les limites des zones de pâturage, et à respecter les lois sur la gestion des ressources pastorales", a-t-il poursuivi.

Le soutien de l'ONUDC a permis de rassembler toutes les parties. "Comme le projet cible des zones dangereuses et difficiles d'accès, et que les réunions de terrain sont difficiles à organiser, nous avons trouvé que l'utilisation d'émissions radio était une bonne alternative," a déclaré la responsable de programme à l'UNODC.

Environ 680 000 auditeurs ont été touchés à Gao (Mali), et 40 000 autres à Ouatagouna grâce à un panel comprenant le maire adjoint, le secrétaire du préfet, le président de l'association des femmes, le président de l'association des jeunes et un représentant des forces armées.

  

Des programmes similaires sont prévus au Niger (dans les régions de Tillabéry (département de Téra : Commune de Gorool, Département de Bankilaré : Commune de Bankilaré, et Département de Banibangou : Commune de Banibangou).

"La présence de l'ONUDC a permis de suivre nos discussions avec beaucoup d'attention. Cela montre que, dans la pratique, il est utile de collaborer avec d'autres pays et d'autres experts dans ce domaine. Elle nous encourage à organiser davantage d'activités susceptibles de changer les comportements des communautés", a déclaré M Samate.

COVID 19 dans les Zones de Conflit

Radio Dodia a également diffusé de courts messages sur les mesures préventives appliquées pour arrêter la propagation de COVID-19, (lire ici).

La sensibilisation à la violence contre les femmes est également un thème clé en ces temps difficiles, a-t-elle dit, car elles peuvent se retrouver confinées et plus sujettes à la violence domestique.

Pour que la consolidation de la paix se poursuive, les représentants des secteurs de la sécurité et de la justice ont reçu une formation visant à garantir le respect des droits de l'homme et l'intégration de la dimension de genre dans leurs activités.  "Les femmes et les jeunes doivent être équipés pour s'impliquer activement dans la prévention et la résolution des conflits et dans le renforcement de la confiance", a t elle rajouter.