Lutter contre la désinformation liée à la COVID-19 au Sahel grâce aux radios communautaires

29-05-2019

ANDERAMBOUKANE, MALI  "Avant notre émission de radio, les gens ne croyaient même pas à la maladie", explique Mohammed Samate, directeur de Radio Dodia à Anderamboukane, à quelque 1,600 kilomètres de Bamako, dans l'est du Mali.  "Grâce à l'émission, ils réalisent maintenant que ce n'est pas une blague", dit-il.

Radio Dodia, située à la frontière avec le Niger, a diffusé des courts messages en tamasheq, la langue locale, pour sensibiliser le public à la pandémie mondiale de COVID 19. Jusqu'à présent, plus de 5 millions de personnes ont été infectées dans le monde.

Les spots ont été diffusés lors d'un programme radio spécial axé sur la cohésion sociale et la gestion des conflits dans le cadre d'un projet mis en oeuvre par l'ONUDC et ONUFEMMES, dans le cadre du Programme Sahel de l’ONUDC et avec le soutien financié du Peace Building Fund.

Les messages portaient sur les mesures préventives appliquées pour arrêter la propagation de COVID-19, comme la limitation des déplacements et la fermeture des frontières nationales.

"Nous avons décidé d’intégrer la sensibilisation sur les mesures prise pour limiter la propagation du COVID 19 comme la fermeture des frontières dans les émissions car selon des sources de la radios certains agriculteurs maliens étaient frustrés par le fait que la FDS leurs interdisent de vendre leur bétail sur un marché hebdomadaire de l'autre côté de la frontière, au Niger", a déclaré la responsible du projet de l’ONUDC.

Avec plus de 40.000 auditeurs impatients d'entendre les groupes de la société civile, les leaders communautaires et les forces de défense et de sécurité à l'antenne, Samate a saisi l'occasion pour sensibiliser le public à COVID-19.

"Dans notre culture nomade, tant que vous n'avez pas personnellement vu une personne malade, vous vous dites qu'il n'y a pas de malade. Le fait de voir nos chefs de communauté s'asseoir ensemble a vraiment eu un impact sur nos auditeurs", a déclaré Samate.

Les émissions de radio ont contribué à mettre un terme aux fausses informations et rumeurs qui circulaient.

  

"Nous avons remarqué que les gens ne se saluent plus comme ils le faisaient auparavant. Ils suivent les mesures de prévention. Les gens ne s'assoient plus côte à côte lors des mariages et des baptêmes", selon Samate.  “Maintenant la première chose que quelqu'un vous demande quand vous entrez chez lui est de vous laver les mains, c'est devenu une habitude", a-t-il poursuivi.

Située à la frontière avec le Niger et proche de l'Algérie, les voyageurs qui passent la frontière se lavent désormais les mains plus consciencieusement. Auparavant, les gardes-frontières auraient eu du mal à faire respecter le geste barriere.

"Les nomades échangent généralement une poignée de main lorsqu'ils se rencontrent. Si vous n'offrez pas votre main à un nomade, vous vous attirez des ennuis, vous savez ! Maintenant, quand vous rencontrez des connaissances, ce n'est plus attendu.”

Si l'accès aux masques est un peu plus compliqué, les nomades ont leurs propres solutions, selon Samate.  "Les nomades utilisent traditionnellement leurs turbans pour protéger leur visage. Cela n'a pas changé. Si nous avons les masques, nous les portons, mais sinon nous avons nos turbans!", a-t-il déclaré.