Rapport mondial sur les drogues 2020 : Tendances régionales en Afrique de l’Ouest

26-06-2020

  • L'Afrique enregistre la plus forte augmentation mondiale de la consommation de cannabis entre 2010 et 2017
  • Les saisies de tramadol sur le continent africain représentent 88 % de toutes les saisies mondiales de tramadol en 2017

DAKAR À l’occasion de la Journée internationale contre l'abus et le trafic illicite de drogues célébrée chaque année le 26 juin, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) publie aujourd’hui son Rapport mondial sur les drogues 2020. Le thème de cette année est : Une meilleure connaissance pour de meilleurs soins

"Partout dans le monde, nous constatons que les risques et les conséquences de la consommation de drogues sont aggravés par la pauvreté, les possibilités limitées d'éducation et d'emploi, la stigmatisation et l'exclusion sociale, ce qui contribue à son tour à aggraver les inégalités, nous éloignant davantage de la réalisation des objectifs de développement durable", a déclaré la directrice exécutive de l'ONUDC, Mme Ghada Waly. "Dans le cadre de la reprise du COVID-19, il est nécessaire que tous les pays respectent leurs engagements et fassent preuve d'une responsabilité partagée pour lutter contre l'offre de drogues illicites et réduire la demande."

La consommation de drogues dans le monde est en hausse, passant de 4,8 % de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans en 2009, à 5,3 % de la population en 2018. Bien que les données fiables sur la consommation de drogues manquent pour un grand nombre de pays, notamment en Afrique, certaines tendances ont été identifiées. Ainsi, au niveau mondial, l'augmentation de la consommation de cannabis entre 2010 et 2017 a été la plus forte en Afrique, suivie par l'Asie. Ainsi, on estime qu’1,2% de la population du Kenya et 10,8% de la population au Nigeria consomment du cannabis.

Par ailleurs, le rapport estime le nombre d’usagers d'opioïdes en Afrique à 6 millions en 2017, contre 2,2 millions en 2016. La consommation non médicale des opioïdes est particulièrement forte en Afrique de l'Ouest et du Centre, où elle concernerait 1,9 % de la population adulte. L’utilisation non médicale des opioïdes pharmaceutiques, particulièrement le tramadol, s'est particulièrement développée, avec un nombre croissant 2 de personnes entamant un traitement pour soigner des troubles liés à l’utilisation du tramadol.

    

Dans ce contexte, le Bureau régional de l’ONUDC pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre soutient les États de la région à travers différentes initiatives. Au Sénégal, l’ONUDC a notamment soutenu la création du Centre de prise en charge intégrée des addictions à Dakar (CEPIAD), la formation continue de spécialistes dans plusieurs domaines tels que l'indicateur de demande de traitement ou TREATNET, le lancement du premier diplôme universitaire relatif à la dépendance aux drogues en Afrique de l'Ouest en 2018 et du programme Strong Families. L’ONUDC a également soutenu le Ministère de la Santé et les 14 centres de traitement de la toxicomanie dans la création d'un dossier patient uniforme qui vise à numériser les dossiers de manière à obtenir des données en temps réel, à faciliter l'échange de dossiers de patients entre les régions et les établissements et à intégrer les données recueillies dans la plate-forme nationale de santé déjà existante.

S’agissant de la lutte contre le trafic de drogues, les données recueillies dans le rapport mondial 2020 montrent également une évolution de la situation.

Ainsi, entre 2013 et 2017, 20 % de toutes les saisies mondiales d'herbe et de résine de cannabis ont été réalisées en Afrique. L'Afrique du Nord a représenté 99 % de toutes les saisies de résine de cannabis et 55 % de toutes les saisies de feuilles de cannabis en Afrique entre 2013 et 2017.

En 2017, les quantités d'héroïne saisies en Afrique ont triplé par rapport à 2013 et augmenté de 31 % par rapport à 2016 - soit une croissance plus forte que la moyenne mondiale - principalement en raison du trafic d'héroïne de l'Asie du Sud-Ouest vers ou à travers l'Afrique de l'Est.

Le trafic de tramadol pour un usage non médical constitue également une menace majeure en Afrique de l'Ouest, du Centre et du Nord. Ainsi, les saisies de tramadol en Afrique sont passées de 8 tonnes en 2013 à 111 tonnes en 2017, représentant 88 % de toutes les saisies de tramadol réalisées dans le monde en 2017.

Les saisies de méthamphétamine fabriquée localement (y compris en Afrique de l’Ouest et australe) et destinée à l'exportation, notamment vers l'Asie ont également augmenté. Enfin l'Afrique, notamment l'Afrique australe, est également un marché important pour la méthaqualone, principalement produite en Asie du Sud.

Dans ce contexte, le Bureau régional de l’ONUDC pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre soutient les États de la région à travers plusieurs programmes tels que l’Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest (WACI) , le Programme de Contrôle des Conteneurs (PCC) et le Programme de Communication Aéroportuaire (AIRCOP) qui ont contribué à déstabiliser les réseaux criminels dans les pays d'origine, de transit et de destination en renforçant les capacités d'interception et de détection des drogues et autres produits illicites. 

 

Focus sur le tramadol en Afrique de l'Ouest

 

Selon une étude réalisée entre septembre 2018 et juillet 2019 par le Bureau régional de l'ONUDC et portant sur le trafic de tramadol et d'autres opioïdes pharmaceutiques en Afrique de l'Ouest, le

trafic d'opioïdes pharmaceutiques et leur utilisation non médicale ont atteint un niveau alarmant dans la région ces dernières années.

Au Nigeria, par exemple, la prévalence de l’usage des opioïdes pharmaceutiques en 2017 était estimée à 4,7 % de la population âgée de 15 à 64 ans, principalement en lien avec l'utilisation non
médicale du tramadol.

Toujours au Nigeria, mais aussi dans certains quartiers de Lomé, Togo, les opioïdes pharmaceutiques, en particulier le tramadol, ont ainsi été identifiés comme la deuxième drogue la plus consommée après le cannabis en 2017.

Les récentes saisies mettent en évidence l'ampleur du trafic de tramadol. La quantité de tramadol saisie au Nigeria a presque doublé entre 2016 et 2017, passant de 53 tonnes à plus de 92 tonnes.

En 2018, les forces de l'ordre nigérianes ont signalé la saisie d'environ 150 tonnes de tramadol dans le pays. En Côte d'Ivoire, environ 44 tonnes de tramadol ont été saisies sur les marchés de rue en 2018, tandis que plus de 16 millions de comprimés ont été interceptés au Niger.

Selon les données officielles, les saisies globales de tramadol en Afrique de l'Ouest équivalaient à 88 % de toutes les saisies de tramadol effectuées en Afrique et à 77 % de toutes les saisies de tramadol au niveau mondial en 2017. Le tramadol représentait également 82 % de toutes les quantités d'opioïdes pharmaceutiques saisies en Afrique de l'Ouest en 2016 et 91 % en 2017.

Pour plus d'informations: 

Le Rapport mondial sur les drogues et d'autres contenus sont disponibles ici : https://wdr.unodc.org/wdr2020/