Rencontrez les champions PROMIS*

02-11-2020

Chaque semaine, nous vous présentons l'un des champions du projet PROMIS. Des personnes de toute l'Afrique de l'Ouest qui, malgré la pandémie COVID-19, ont continué à défendre les droits des migrants et des victimes de la traite des êtres humains tout au long de la pandémie sanitaire mondiale.

*Le projet PROMIS est une initiative conjointe de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme (OHCRH) qui vise à renforcer les capacités des États d'Afrique de l'Ouest à élaborer une réponse fondée sur les droits de l'homme au trafic de migrants et à réagir efficacement aux violations des droits de l'homme liées à la migration clandestine. La mise en œuvre initiale du projet se concentre sur le Mali, le Niger, le Sénégal, la Gambie et la Côte d'Ivoire, avec une extension ultérieure à d'autres pays d'Afrique de l'Ouest.

Le champion de la semaine:

Sociologue et journaliste de formation, Hamadou Boulama Tcherno depuis 2012, il consacre l'essentiel de son temps à la protection des droits des personnes migrantes. Membre fondateur et directeur des programmes de l'association Alternative Espaces Citoyens au Niger

Vous trouverez ci-dessous un extrait de l'interview réalisée avec l'OHCHR. Pour lire l'intégralité de l'interview, cliquez ici

 

Alternative Espaces Citoyens dont vous dirigez les programmes «œuvre à l’avènement d’une société fondée sur l’égalité des droits humains et des sexes.»  Quelles sont les activités et les objectifs de l’association ?

Alternative Espaces Citoyens (AEC) est une association nationale d’éducation à la citoyenneté créée en 2001, à l’initiative d’un groupe de militants progressistes. Elle dispose de bureaux opérationnels dans 4 régions du Niger.

Ses objectifs sont : i) promouvoir, défendre et contribuer à l’effectivité des droits humains fondamentaux et des libertés individuelles et collectives ; (ii) construire des espaces de résistance, de convergence des mouvements sociaux et de formulation d’Alternatives aux politiques néolibérales ; (iii) développer des initiatives de contrôle citoyen de l’action publique aux niveaux national et local; (iv) promouvoir les droits, la participation citoyenne et l’autonomisation des jeunes, des femmes et d’autres groupes vulnérables ; (v) contribuer à l’amélioration de l’environnement et à la protection des biens communs, en particulier l’eau, les forêts, les terres et le patrimoine génétique ; (vi) promouvoir l’accès, le développement et l'utilisation innovante des médias et des technologies de l'information et de la communication.

Pour atteindre ses objectifs, l’association s’est dotée de départements thématiques dont l’un porte sur la migration. Son travail repose sur quatre piliers : informer, éduquer, mobiliser les citoyens et mener des campagnes de plaidoyer tournées vers l’action. Pour mener à bien sa mission, elle s’est dotée d’outils de communication dont un journal en format papier, un site web bilingue, des stations FM à Agadez, Diffa, Niamey et Zinder. Le staff technique est composé majoritairement de journalistes professionnels. Cette composition explique entre autres le fait que l’information et la communication soient des leviers importants du travail d’AEC. A cela, il faut ajouter une unité de production audiovisuelle (UPA) qui a produit de nombreux films documentaires[1]pour soutenir le plaidoyer mené en faveur des droits de migrants et de la libre circulation.

AEC mène également des missions d’observation, des enquêtes de terrain pour produire des rapports documentés sur la situation humanitaire et des droits humains. Les sièges des radios abritent des espaces[2] de prise de parole des citoyens et d’interpellation des décideurs. A Niamey, l’espace Frantz Fanon s’est institutionnalisé comme un lieu de formation, de manifestation culturelle et d’interpellation des décideurs. Aujourd’hui, l’association est le point de convergences des activistes et le poumon des luttes sociales et citoyennes, en attestent les multiples déclarations du mouvement citoyen dans ses locaux, l’occupation et la fermeture intempestives de ses bureaux et l’emprisonnement répété de certains de ses animateurs.

Dans le domaine de la migration, AEC organise régulièrement des débats publics de décryptage, un forum national des jeunes, un festival des droits des migrants à Agadez, et réalise des rapports de monitoring sur la vulnérabilité des migrants. Ce travail est mené souvent en collaboration avec des organisations partenaires et à travers des réseaux militants (Loujna Tounkaranke, réseau Sahel Maghreb, MADE AFRIQUE, ROA-PRODMAC, MIGREUROP) dont l’association est membre.

Ces trois dernières années, le travail du département migrations d’AEC s’est concentré sur le décryptage des enjeux des politiques migratoires, la publication des rapports de monitoring, la veille médiatique et citoyenne, la création d’espaces de dialogue avec les décideurs et l’amplification des voix des migrants.

 

Vous êtes partie prenante du projet PROMIS. Comment ce projet s’intègre-t-il dans vos activités ?  

Les activités d’AEC soutenues par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme(HCDH) dans le cadre du projet PROMIS portent principalement sur l’éducation et la sensibilisation aux droits humains, la surveillance et la documentation de leurs violations, et enfin l’assistance judiciaire aux personnes migrantes en détention. Pour l’essentiel, elles sont tirées du plan d’action 2018-2020 de l’association. Les émissions radiophoniques, les débats publics font partie des activités habituelles. L’assistance juridique et judiciaire aux migrants a été imaginée en réponse aux arrestations arbitraires et incarcérations des migrants résultant de la criminalisation de la migration, en particulier depuis l’application de la loi 2015-36 sur le trafic illicite des migrants. C’est pour cette raison que l’AEC s’est engagé dans un processus de collecte d’informations sur la situation des personnes migrantes en détention, en particulier dans les régions où la pression du gouvernement est forte sur eux. Dans cette optique, les membres des comités de veille citoyenne (CVC) sont chargés de collecter des informations sur les motifs d’incarcération, les procédures engagées et les besoins d’assistance juridique des détenus.

Le mouvement de révolte des demandeurs d’asile et réfugiés à Agadez et la décision des autorités judiciaires d’embastiller les meneurs ont été le point de départ du démarrage en force des activités du projet PROMIS. Aussitôt informé de l’incendie du centre d’accueil humanitaire (CAH) et de l’arrestation massive des demandeurs d’asile, le directoire d’AEC a pris la décision de dépêcher une mission de collecte d’informations, d’établissement des faits pour documenter les allégations de violations de leurs droits fondamentaux lors de l’intervention des forces de sécurité, et pendant leur incarcération à la tribune officielle. Le séjour à Agadez a été mis à profit par le référent du projet pour organiser un débat radiophonique multi-acteurs sur les défis de la protection internationale des étrangers. Le feedback positif reçu après la diffusion de l’enregistrement a conduit la radio Alternative à reproduire le même débat à Niamey, avec la participation du ministère de l’Intérieur.

Par ailleurs, le projet PROMIS a permis à AEC de consolider le partenariat avec la Commission nationale des droits humains (CNDH) du Niger et l’ONG Médecins du Monde (MdM) de Gao dans les domaines de l’assistance humanitaire et de la protection des droits des migrants. En effet, depuis le début de l’année, ces structures ont mené conjointement des actions multiformes qui ont abouti à la libération, au rétablissement des liens familiaux, et au retour dans leurs pays d’origine de nombreux migrants, malgré la fermeture des frontières liées à la pandémie du COVID-19. La libération et le retour au bercail de ces migrants vulnérables majoritairement des nigériens est le résultat de la conjugaison des efforts des responsables des trois structures. Cerise sur le gâteau, la radio Alternative n’a pas manqué de saisir l’occasion de leur transit à Niamey pour enregistrer des témoignages sur leur parcours migratoire, les conditions de séjour en prison, et l’assistance humanitaire dont ils ont bénéficié de la part de la MdM.

 

Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle affecté vos activités et notamment celles en lien avec les migrants ?

C’est indéniable que la pandémie du COVID 19 a perturbé l’agenda de l’association. Malgré la décision de maintenir les bureaux ouverts, les activités ont connu un ralentissement durant la période de l’état d’urgence sanitaire. En raison des mesures sanitaires et sécuritaires destinées à lutter contre la propagation de la pandémie, le gouvernement nigérien a fermé les frontières, placé Niamey en isolement sanitaire, interdit les ateliers et tout regroupement de 50 personnes pour une période de 3 mois sur toute l’étendue du territoire national. Ces mesures restrictives ont donné un coup de frein à la mise en œuvre de certaines activités de l’association bénéficiant du soutien du projet PROMIS. Il s’agit précisément de la mission transfrontalière à Gao et de l’atelier de formation des activistes et avocats. Ces deux activités majeures ont été reportées en raison de la fermeture de la frontière et de l’interdiction des ateliers.

 

Comment l’association s’organise-t-elle pour assurer la continuité de ses activités, d’une part, et protéger les droits des migrants, d’autre part, au cours de cette pandémie de COVID-19 ?

Malgré le contexte du COVID19, l’AEC a continué à mener ses activités d’information du public et de mobilisation des citoyens en faveur des droits humains.  Au niveau interne, le directoire a pris les dispositions adéquates pour protéger le personnel contre la pandémie à travers le respect des mesures sanitaires édictées par le ministère de la santé publique. Obligation de port de bavettes, dispositif de lavage des mains, affiches de sensibilisation, rien n’a été négligé pour protéger les employés d’une contamination.

Au niveau externe, l’association a participé à la campagne de sensibilisation et de prévention à travers ses stations locales et sa page Facebook, en diffusant des messages multi-langues de sensibilisation et en publiant des informations sur la situation de la pandémie. A Niamey, plusieurs émissions radiophoniques ont été réalisées pour alerter les décideurs et autres acteurs sur la situation des migrants, notamment ceux bloqués dans la région d’Agadez. Le message de l’association consiste à relayer celui de l’ONU disant « n’oublions pas les migrants ».

A Niamey, en collaboration avec la CNDH, des membres de l’association se sont rendus sur le site de confinement des migrants économiques rapatriés du Burkina Faso et de Côte d’Ivoire pour vérifier les conditions de leur séjour, en particulier le respect de leurs droits fondamentaux. A Agadez, André Chani chargé du volet Migrant, a effectué de nombreuses visites au niveau des centres d’accueil et des ghettos pour collecter des témoignages sur les conditions de survie et de confinement des migrants durant cette période de ralentissement de l’activité économique et de refoulement collectif depuis l’Algérie.



[1] La plupart des films sont en accès libre sur https://vimeo.com/243654549

[2] Les espaces sont baptisés des noms suivants : Kaocen à Agadez, El Kanemi à Diffa, et Frantz Fanon à Niamey.

 

Pour plus d'informations:

Découvrez les champions PROMIS* qui œuvrent pour la protection et la promotion des droits de l'homme des migrants lors de COVID 19

L'interview dans son intégralité : Hamadou Boulama Tcherno