16 Jours d'activisme contre la violence basée sur le genre

Cécile Plunet (Coordinatrice globale du Projet AIRCOP) sur l'intégration du genre dans les agences d'application de la loi au sein des aéroports internationaux 

01-12-2020

La campagne internationale des 16 jours d'activisme vise à lutter contre la violence à l'égard des femmes et des filles. Elle se déroule chaque année du 25 septembre, Journée internationale pour l'élimination de la violence basée sur le genre, au 10 décembre, Journée internationale des droits de l'Homme. 

A cette occasion, nous soulignons les initiatives de l'ONUDC visant à intégrer la dimension genre et à renforcer l'autonomisation des femmes dans les domaines de l'application de la loi et de la justice. 

 

  

AIRCOP est un projet multi-agences, basé sur la coopération entre l'ONUDC, INTERPOL et l'Organisation mondiale des douanes (OMD), qui vise à renforcer les capacités des aéroports internationaux participants, dans le monde entier, à détecter et intercepter les drogues, les autres marchandises illicites et les passagers à haut risque dans les pays d'origine, de transit et de destination. L'objectif général d'AIRCOP est de perturber les réseaux criminels illégaux et de contribuer à la lutte contre le terrorisme.

AIRCOP s'inspire du rapport du Secrétaire général sur les femmes et la paix et la sécurité (S/2017/861) qui souligne que "la participation significative des femmes renforce de manière mesurable les efforts de protection, accélère la reprise économique, approfondit les efforts de consolidation de la paix et conduit à une paix plus durable".

L’ONUDC ROSEN s'est entretenu avec Cécile Plunet, coordinatrice globale du projet AIRCOP et représentante régionale par intérim du Bureau de l'ONUDC pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, afin d'échanger sur son travail et sur l'intégration de la dimension genre dans les agences d'application de la loi présentes au sein des aéroports internationaux.

 

Dans quelle mesure les femmes sont-elles représentées dans les services d'application de la loi présents au sein des aéroports ? 

Cecile Plunet: Les bénéficiaires directement concernés par le projet AIRCOP sont les agents d'application de la loi opérant dans les différents aéroports. Actuellement, environ 20% de ces agents dans les unités AIRCOP en Afrique sont des femmes. Mais dans certaines des Cellules Aéroportuaires Anti-Trafics (CAATs) des Caraïbes, plus de la moitié du personnel est féminin. Nous avons également eu quatre femmes à la tête de CAATs en Afrique et dans les Caraïbes, à savoir à la Barbade, au Burkina Faso, au Ghana et en Jamaïque.

Bien que le nombre d'agents d'application de la loi féminins soit en augmentation, il s'agit d'un domaine largement dominé par leurs homologues masculins. Diverses raisons expliquent cette situation : société, famille et amis exercent une forte pression en considérant que les femmes ne devraient pas être impliquées dans les forces de l'ordre. Il existe également un fort préjugé culturel, selon lequel l'application de la loi est considérée comme une "profession d'homme". Ce préjugé est rarement contrebalancé, à cause d’un manque d'information et de campagnes de sensibilisation sur le rôle des femmes dans les forces de l'ordre. 

Les recruteurs insistent également trop sur l'importance de la force physique, conduisant à des politiques et des pratiques de recrutement biaisées. Sur le lieu de travail, il y a aussi souvent un manque de politiques et de programmes qui ciblent les femmes ainsi que des problèmes tels que le harcèlement sexuel ou le manque d'infrastructures appropriées, notamment des toilettes séparées. Les femmes agents d'application de la loi sont parfois susceptibles de se sentir isolées, d'autant plus que les équipes sont souvent composées exclusivement d'hommes. Dans l'ensemble, les occasions réelles de réussir en tant que femme dans les forces de l'ordre sont rares.

Qu'avez-vous remarqué en ce qui concerne le rôle du genre dans la criminalité au sein des aéroports ?  

AIRCOP adopte une large perspective d'intégration de la dimension de genre, qui ne se limite pas aux femmes en tant qu'agents de la force publique : par exemple, les femmes en tant qu'auteurs de crimes.  Les recherches, les études et les analyses sur les femmes en tant que criminelles sont limitées, car le crime organisé a toujours été considéré comme une activité masculine, les femmes n'étant impliquées qu'à des fins d'exploitation, ou comme des soutiens silencieux des activités douteuses de leurs partenaires.  Néanmoins, ces dernières années, une attention plus soutenue a été accordée au rôle des femmes dans les activités du crime organisé. On a constaté que les femmes peuvent être des leaders dans les groupes criminels organisés, y compris des organisatrices d'activités criminelles et des partenaires égales dans le crime. On a également constaté qu'elles assument des rôles d'assistance et de soutien stables et souvent centraux, subordonnées aux criminels masculins. Ces tâches consistent notamment à faire office de mules pour la drogue ou à s'occuper des finances du groupe criminel organisé. 

Dans les affaires de traite des personnes, on a constaté que les femmes servaient d'intermédiaires entre les auteurs et les victimes, souvent par le biais d'une "promotion" de la victime à un poste de supervision. D'autres analyses ont trouvé un grand nombre de preuves que les femmes avaient connaissance et conscience des affiliations criminelles de leurs homologues masculins et, dans certains cas, participaient activement au maintien et à la dissimulation d'activités criminelles. Plus précisément, la participation des femmes au commerce de la drogue est en hausse dans le monde entier, en particulier chez les femmes qui n'ont pas d'éducation, de possibilités économiques ou qui ont été victimes d'abus. 

Les données recueillies par les CAATs d’AIRCOP à travers le monde montrent que sur plus de 2 000 personnes arrêtées, plus de 400 étaient des femmes, avec une forte augmentation de ces chiffres ces dernières années. Il est probable que des enquêtes supplémentaires permettent d'obtenir davantage de preuves de l'implication des femmes dans le crime organisé. En particulier, peu de données ont été systématiquement compilées jusqu'à présent sur les femmes en tant qu'auteurs de crimes en Afrique de l'Ouest, centrale et de l'Est (alors que certaines études existent sur l'Afrique du Sud).

Par ailleurs, si la criminalité organisée transnationale, et en particulier le trafic de drogue, touche à la fois les hommes et les femmes, des aspects spécifiques doivent être pris en compte. Par exemple, au moins deux fois plus d'hommes que de femmes souffrent de troubles liés à la consommation de drogue. Cependant, une fois que les femmes ont commencé à consommer des substances, en particulier de l'alcool, du cannabis, des opioïdes et de la cocaïne, elles ont tendance à augmenter leur taux de consommation plus rapidement que les hommes. Même lorsque les femmes ne participent pas directement à la consommation ou au commerce de la drogue, elles sont souvent chargées d'atténuer les risques associés pour elles-mêmes et pour leur famille, et elles sont obligées de supporter la double et triple charge des soins lorsque les familles se séparent et que la vie en communauté se détériore. 

Quelles mesures AIRCOP a prises au niveau régional et mondial pour intégrer la dimension genre dans ses activités ?

Cecile Plunet: AIRCOP met en œuvre ses activités conformément à la stratégie de l'UNODC pour l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes pour 2018-2021.

Dans un premier temps, les membres de l'équipe AIRCOP ont clairement compris que, dans leurs interactions mutuelles, nous devons rester à l'écart des stéréotypes sexistes ou des préjugés culturels. Il est de notre rôle et de notre devoir de modeler les comportements que nous aimerions voir chez les autres et même si l'équipe réunit des personnes de plus de 10 pays, des femmes et des hommes, issus de milieux professionnels différents, j'ai le sentiment que les membres de l'équipe se respectent et s'apprécient mutuellement sans discrimination. Il s'agit d'une première étape essentielle. Lorsque cela est nécessaire, le recrutement de nouveaux membres du personnel contribue également à garantir le maintien d'un équilibre entre les sexes, ce qui n'est pas toujours évident dans un projet axé sur l'application de la loi.

AIRCOP soutient également la représentation des femmes en tant qu'agents des forces de l'ordre en s'assurant que rien dans le projet mis en place n'empêche l'application de l'égalité d'accès aux activités prévues. 

Comme AIRCOP conseille les pays bénéficiaires sur leurs politiques de recrutement pour les CAATs et sur l'élaboration de procédures opérationnelles standardisées, l'ONUDC encourage vivement la désignation de femmes comme membres/responsables d'équipe de ses CAATs notamment en ajoutant un paragraphe sur l'intégration/équilibre entre les sexes dans le protocole d'accord et les procédures opérationnelles standardisées à signer/réviser entre l'ONUDC et les gouvernements. Il s'agit également, par exemple, de veiller à ce que des installations spécifiques soient disponibles (vestiaires séparés, toilettes séparées, etc.) en fonction des besoins.

Specific efforts also aim to ensure that both genders are represented during shifts throughout the day/night at a specific airport setting, as illicit trafficking may be conducted by both men and women, and thorough checks on females may only be conducted by female law enforcement officers.

AIRCOP s'efforce également d'atteindre un plus grand nombre de formatrices pour assurer la cohérence et a récemment commencé à coordonner avec des agences telles qu’ONU Femmes pour la réalisation de formations couvrant les aspects de genre en particulier.  En 2021, AIRCOP organisera sa première réunion mondiale des "Femmes d’AIRCOP", qui rassemblera des femmes de chacune des CAATs du monde entier, afin de promouvoir plus activement le rôle des femmes au sein du projet AIRCOP et de travailler à l'égalité des sexes dans la profession des forces de l'ordre.

Comment l'intégration de la dimension genre est-elle reçue/intégrée par les partenaires/bailleurs ? 

Cecile Plunet: Les bailleurs encouragent vivement les Nations Unies en général, et AIRCOP en particulier, à veiller à ce que les considérations de genre soient intégrées dans nos activités, tout en étant conscients que nous sommes confrontés à des contraintes spécifiques, notamment en raison de la prédominance "traditionnelle" des hommes dans les forces de l'ordre et des différences de normes culturelles entre les pays. Nos efforts doivent prendre en compte les circonstances nationales afin de pouvoir répondre aux réticences d'une manière à la fois respectueuse et efficace. 

Les pays bénéficiaires sont généralement ouverts à la discussion sur ces questions, même si les individus peuvent parfois être réticents ou perplexes. Lors des discussions initiales en particulier, AIRCOP a, dans certains cas, fait appel à l'expertise d’ONU-Femmes, car l'agence a une compréhension approfondie de la situation nationale et des réticences spécifiques. 

Il est essentiel d'expliquer en détail pourquoi il est important d'inclure des femmes parmi les officiers, ou de prendre en compte des considérations particulières liées au genre lors de la prise en charge des suspects, des témoins et des victimes, tant pour des raisons de droits de l'homme que pour une application plus efficace de la loi. En effet, lorsque les forces de l'ordre sont plus représentatives de la population et répondent mieux aux besoins des femmes en matière de sécurité, leur crédibilité, leur légitimité et la confiance des population augmentent. Les organismes sensibles à la dimension de genre sont également en mesure de prendre des décisions mieux informées et d'assurer une mise en œuvre plus efficace des mandats des forces de l'ordre, une plus grande efficacité opérationnelle et une meilleure responsabilisation.    

Quelles mesures recommanderiez-vous aux autres pour renforcer la participation des femmes dans le secteur de la sécurité ? 

Cecile Plunet: Comme pour tout, il n'y a pas de solution unique. Je recommanderais que les discussions initiales commencent par la compréhension des circonstances nationales spécifiques. En effet, comme mentionné, il est important de comprendre les réticences pour les aborder d'une manière respectueuse mais efficace. Il est également essentiel d'expliquer en détail pourquoi il est important d'inclure des femmes parmi les officiers, ou de prendre en compte le sexe des suspects, des témoins et des victimes, tant pour des raisons de droits de l'homme que pour une application plus efficace de la loi - car une meilleure efficacité opérationnelle peut être un argument très attrayant dans de nombreux cas. Il est important d'identifier des militants masculins pour s'assurer que les questions de genre ne sont pas seulement mises en avant par des femmes, et que les officiers masculins soutiennent leurs collègues féminines.  

Des mesures devraient ensuite être prises pour inclure les considérations de genre de manière multidimensionnelle, comme je l'ai souligné ci-dessus (réponse à la question 2). Les activités devraient porter sur une meilleure représentativité des femmes dans les CAATs, mais aussi sur une participation égale aux activités de renforcement des capacités ou à des installations spécifiques sur le lieu de travail, car un seul angle est insuffisant en soi. 

 

 

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