L’ONUDC continue d’œuvrer pour la consolidation de la paix au Niger 

04-12-2020

Le Niger et le Mali partagent leur frontière ouest, les deux pays y abritent des populations qui ont en commun des cultures, des langues et des pratiques religieuses. La dégradation de la situation sécuritaire dans ces zones depuis de nombreuses années affecte les communautés en général et particulièrement les femmes et les jeunes dans les zones frontalières des deux pays. La fragilité des systèmes de sécurité et de justice et le combat mené contre l’insécurité qui sévit dans ces zones frontalières se sont soldés par l’effervescence de la montée des groupes radicaux qui ont su profiter de la faible gouvernance des Etats, de la présence des groupes armés, du faible pouvoir d’achat des populations, des conflits sociaux et communautaires. A cela s’ajoute la méfiance entre les populations, les FDS et les acteurs de chaîne pénale. En effet, cette situation rend difficile la participation de la population à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. De même l’état actuel du niveau de compréhension mutuelle du mandat, du rôle et du fonctionnement des acteurs de la chaine pénale et des FDS ne facilite pas très souvent le traitement judiciaire des affaires de terrorisme qui finissent souvent par la relaxe faute de preuves suffisantes. Cette relaxe très souvent mal perçue par les populations et les FDS n’est pas de nature à améliorer la relation tout en altérant également la confiance entre ces catégories d’acteurs.  

La consolidation de la paix passe nécessairement par la sauvegarde des droits humains et du genre dans les situations pouvant avoir un impact sur ces derniers. D’où la prise en compte par ce projet de la promotion des droits humains et des questions de genre. 

Pour répondre à ces défis, ONUFEMMES et ONUDC ont initié un projet conjoint intitulé : « Appui aux initiatives transfrontalières de dialogue communautaire avec les acteurs du secteur de la sécurité et de la justice pour la consolidation de la paix au Mali et au Niger » grâce au financement du Fonds de Consolidation de la paix (PBF) pour une durée de 18 mois.

Du 25 au 26 novembre 2020 s’est tenu à Tillabéry au Niger, un forum d’échanges entre acteurs de la chaine pénale (ACP), forces de défense et de sécurité (FDS), représentants du G5 Sahel, de la Haute Autorité de Consolidation de la Paix au Niger, de la Commission Nationale des Droits Humains, d’organisations de la Société Civile, d’organisations de femmes, de jeunes, de leaders coutumiers et de radios communautaires.

L’objectif du forum était de créer un cadre d’échanges en vue de permettre le dialogue entre ces différents acteurs et de faire une analyse globale de l’état de la coordination de leurs actions. En effet, seule une appréciation et une compréhension commune de la complémentarité de leurs mandats et rôles respectifs peut permettre une lutte efficace contre le terrorisme dans le respect strict des droits humains et l’implication des femmes et des jeunes.

Ce fut aussi l’occasion de lancer une forte sensibilisation de la société civile sur son rôle et sa responsabilité au sein de la population dans la lutte contre le terrorisme.

En effet, comme l’a rappelé le Procureur ALICHINA : « la société civile doit être au cœur de la collaboration avec les FDS, les ACP et les communautés afin de pouvoir relayer la nécessité de cette collaboration sur le terrain ». Il a également rappelé à cette dernière son « devoir de responsabilité quant à la transparence dans les financements reçus afin d’éviter de bénéficier des financements illicites des groupes terroristes qui cherchent à se positionner dans différentes zones transfrontalières pour mieux véhiculer leur idéologie dans une société ou les femmes et les jeunes n’ont pas de perspectives ».

45 personnes ont participé à ce forum dont 28% de femmes représentées au sein des FDS, ACP et représentantes de la Société Civile.

Elles ont insisté sur l’utilité de ces fora de discussion soulignant l’importance de les vulgariser davantage dans les zones transfrontalières car les communautés n’ont pas l’occasion d’échanger avec les FDS et ACP pour leur rendre compte de leurs préoccupations et des éléments favorisant leur manque de confiance envers ces derniers.

Selon Mme Aïssa KADA  du groupement AREN de Banibangou « Le manque de compréhension des rôles et mandats des FDS et ACP favorise la confiance des communautés envers les groupes armés qui leur tiennent des discours facilement convaincants et ont une procédure pénale plus rapide dans un contexte où on note l’insuffisance voire le manque de dialogue entre les FDS, ACP et communautés et un sentiment de lenteur de la justice pénale que le justiciable a du mal à comprendre par manque de formation et de communication. Ce forum nous a vraiment édifié et nous pouvons maintenant relayer les informations au niveau des différents groupements de femmes de notre localité. Je suis aussi contente de participer pour la première fois à ce genre de rencontre qui réunit différents acteurs clés de consolidation de la paix. Cela a aussi était l’occasion pour nous, en tant que femmes de faire un fort plaidoyer sur une loi relative à l’âge de mariage des filles afin qu’elles puissent aller à l’école dans de meilleures conditions et sur l’adoption d’une loi sur la limitation du pouvoir du mari en matière de répudiation ».

Différentes recommandations ont été faites aux FDS et aux ACP notamment la vulgarisation de ce genre de rencontres, le renforcement de la communication entre FDS, ACP et populations, une forte implication des femmes et des jeunes dans la gestion et la résolution des conflits, le respect des droits humains par le bannissement de certaines pratiques des FDS à l’encontre des populations, la corruption et l’impunité en milieu judiciaire ainsi que la stigmatisation de certaines ethnies.

Le forum a été l’occasion pour les différents acteurs de se connaitre et d’échanger sur certains conflits qui peinent à être résolus du fait de la méconnaissance des textes et procédures judiciaires par les populations (principe de la preuve, présomption d’innocence, etc…), du manque des dialogue entre les communautés, les FDS et les ACP. Quelques conflits ont déjà vu des débuts de résolution grâce à l’engagement de différents acteurs à résoudre les situations une fois de retour dans leurs zones respectives. A la fin des travaux chaque acteur a promis de renforcer davantage cette collaboration sur le terrain et de sensibiliser davantage les communautés par l’organisation de nouvelles rencontres de ce genre.