Le trafic de drogue cybernétique: comment les programmes CRIMJUST et Cybercrime de l'ONUDC espèrent contrecarrer sa croissance en Afrique

Il y a plus de 30 ans, le lieutenant Sagna a rejoint les forces de police sénégalaises pour enquêter et réprimer des crimes de différents genres au Sénégal et dans les environs. Aujourd'hui, il travaille principalement avec le département de la police sénégalaise chargé de la répression du trafic de stupéfiant, mais beaucoup de choses ont changé depuis que le lieutenant Sagna fait partie de la police. Il y a 30 ans, le mot "cybercriminalité" était un terme rarement utilisé. Aujourd'hui, enquêter efficacement sur les crimes liés au trafic de drogue implique de nombreux aspects cybernétiques et technologiques, des aspects que le lieutenant Sagna doit comprendre pour effectuer son travail. Récemment, il a participé, avec 28 autres enquêteurs du Bénin, de Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Togo, à une formation de renforcement des capacités sur les « éléments cyber des enquêtes sur le trafic de drogues », organisée par le programme mondial CRIMJUST en collaboration avec le Programme mondial sur la cybercriminalité de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Avec le soutien de l'Union Européenne et les Etats-Unis, la formation conjointe sur les « éléments cyber des enquêtes sur le trafic de drogues », lancée en 2021 par CRIMJUST et Cybercrime, est une série d'exercices pratiques de renforcement des capacités visant à fournir aux services répressifs et judiciaires des États membres des Nations Unies, les connaissances et les outils dont ils ont besoin pour naviguer, enquêter et poursuivre les aspects cyber qui facilitent le trafic de stupéfiants.

"Chaque jour, nous enquêtons des affaires de trafic de drogue qui mettent en danger nos civils et notre nation" dit le lieutenant Sagna." Le monde évolue, tout comme les méthodes qu’utilisent ces criminels pour vendre leurs produits, y compris la technologie. Nous devons donc les suivre sur tous les fronts". Il conclut.

 

Pourtant, rester au fait des nouvelles avancées numériques utilisées dans le trafic de drogue n'est pas seulement un problème sénégalais. On peut facilement dire que c'est un problème africain. Comme le Sénégal, plusieurs pays, notamment en Afrique de l'Ouest, sont confrontés au problème de trafic de drogues illicites, même si une grande majorité de ces drogues ne sont pas destinées au marché africain. L'ONUDC estime que plus de 50 tonnes de stupéfiants font l'objet d'un trafic annuel via l'Afrique de l'Ouest. Avec la pandémie de Covid19, ces organisations criminelles ont modifié leur modus operandi numérique déjà très avancé, trouvant de nouveaux moyens de transporter des substances illicites, misant sur les outils numériques qui garantissent la rapidité et l’anonymat. Par conséquent, les agents chargés de l'application de la loi, en particulier dans les pays africains qui ont réussi à appréhender les auteurs de trafic de drogue, doivent être informés des dernières tendances et des outils utilisés par ces criminels pour mener des enquêtes efficaces qui garantiront des actions judiciaires appropriées.

Selon le Dr. Amado Philip de Andrés, directeur régional de l'ONUDC pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, "le trafic de drogue et le crime organisé connexe menacent la sécurité et la santé publique dans les communautés touchées et sapent la gouvernance ainsi que l'état de droit. Dans ce contexte, il est essentiel de renforcer les capacités des autorités nationales compétentes afin de les doter des compétences nécessaires qui leur permettront de lutter efficacement contre le trafic de drogue et la criminalité organisée qui y est liée."

Depuis le lancement de cette formation conjointe en Afrique, les programmes mondiaux CRIMJUST et Cybercrime ont formé plus de 100 agents des services répressifs et judiciaires, dont 30 % de femmes provenant de 10 pays africains. Selon le profil des participants, la formation introduit ou renforce généralement les capacités dans plusieurs aspects liés à la cybercriminalité, allant des outils open-source utilisés pour détecter et enquêter sur les forums et transactions illicites de drogues, à l'exploitation du darknet et même aux meilleures pratiques pour la collecte et la sécurisation des preuves numériques conformément aux droits de l'homme et au droit national, entre autres.

Cette formation également, n'a pas pour seul objectif d'instruire les participants sur le trafic de drogue cybernétique et la manière dont le combattre. Pour Carmen Corbin, responsable de la programmation de la lutte contre la cybercriminalité pour l'ONUDC en Afrique de l’ouest et du centre, elle sert également d’un "forum où les participants peuvent établir des relations transnationales susceptibles de faire progresser le partage d'informations et de connaissances entre les pays". Le lieutenant Sagna est de même avis:

"Grâce à cette formation, j'ai pu rencontrer et échanger des idées avec des personnes qui travaillent dans le même domaine que moi dans d'autres pays. Ces échanges ont révélé que beaucoup de défis auxquels nous sommes confrontés dans notre travail quotidien sont les mêmes et que nous pouvons collaborer et trouver des solutions durables ensemble."

Pour l'instant, le lieutenant Sagna dit qu'il espère ne pas se contenter d'appréhender les trafiquants et de saisir les drogues, mais aussi travailler à la désintégration de toute la chaîne, un objectif que l'UNODC contribue à atteindre sur le continent africain grâce à ce type de formations.  

Ces activités CRIMJUST et Cybercriminalité ont été financées par l'Union européenne dans le cadre du "Global Illicit Flows Programme" [GIFP] et par les États-Unis. Elles s'inscrivent dans le cadre des efforts déployés pour renforcer les stratégies de lutte contre les stupéfiants des services répressifs et judiciaires, au-delà des activités d'interdiction, et pour favoriser les réponses transnationales ciblant chaque étape de la chaîne d'approvisionnement en drogue.