Cultiver la pépinière d’aspirantes Femmes Prévôts*pour donner un « Village de femmes capables » au Mali

*Prévôt : Gendarme intégré dans les opérations d'un bataillon militaire. Ses principales missions consistent à mener les premières opérations de police et de justice (recueil du renseignement, sécurisation de la scène de crime, collecte des preuves, audition des suspects, témoins et victimes) dans la zone d'opérations militaires. Il est compétent tant pour les infractions présumées commises par ou contre le personnel militaire dans les zones d'opérations que pour les crimes liés au terrorisme et au crime organisé en général. Au Mali, la Gendarmerie ne déploie actuellement des prévôts que sur le plan national (28 détachements et présence dans les pools de sécurité et de gouvernance)

 
   

Jusqu'en mai 2022, au sein des unités prévôtales de prévôts, tant au niveau régional avec le G5 Sahel qu'au niveau national au Mali et au Niger, les femmes gendarmes représentaient 0%. Les obstacles auxquels se heurtent les potentielles femmes gendarmes qui aspirent à devenir prévôt sur le terrain des opérations sont nombreux : responsabilités familiales et conjugales, insécurité des femmes dans les régions opérationnelles touchées par les conflits, insécurité des femmes dans un environnement de travail isolé et dominé par les hommes, manque d'infrastructures, absence de cadre normatif sur le déploiement sensible au genre, autocensure, pression sociale et préjugés sexistes. 

 

Journée de Communication à l'Ecole de Gendarmerie de Bamako, avril 2022 - 100 femmes gendarmes se sont réunies pour parler du Projet Femmes Prévôts Sahel avec leurs responsables : carrière, grossesse, vie conjugale et familiale, formation, judiciarisation, abus & harcèlement sexuels, et conditions de déploiement.

 

Dans ce contexte, le Dr Amado de Andrés, directeur régional de l'ONUDC pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, déclare que "le manque de représentation des femmes dans les unités de prévôté constitue un défi majeur, l'inclusion du genre dans nos forces de sécurité est donc essentielle". En effet, elle affecte les stratégies, les opérations et, surtout, la capacité à comprendre et à répondre aux besoins des communautés où les femmes représentent plus de 50 % de la population, créant ainsi un déficit de communication et de protection et un manque d'engagement de la communauté dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Par conséquent, lorsque l'ONUDC a approché la Gendarmerie malienne pour mettre en œuvre le projet Femmes Prévôts du Sahel, ses dirigeants étaient convaincus de la valeur ajoutée mais craignaient qu'aucune femme ne se porte candidate. Afin d'éviter le manque de candidates, la Gendarmerie malienne et l'ONUDC ont collaboré pour rédiger des critères de sélection inclusifs et non discriminatoires ainsi que pour mettre en place une stratégie de communication à l'échelle nationale. Cette approche ambitieuse et transparente a inclus un message écrit sur la filière des femmes prévôts de la part de la Direction de la Gendarmerie pour annoncer l'initiative à l'ensemble du territoire national, ainsi qu'une journée de communication à l'Ecole de Gendarmerie de Bamako avec la participation de 100 femmes gendarmes. 

En conséquence, la filière des femmes prévôts a suscité un vif intérêt. 31 candidatures ont été recueillies, et 19 candidates ont été présélectionnées et invitées à un entretien. Ainsi, les 15 femmes gendarmes ont été sélectionnées sur la base de leurs compétences et de leur motivation pour faire partie d’une Pépinière de Femmes Prévôts. Non sans humour, ces femmes prévôts ont plus d’un tour dans leurs sacs et se sont données le surnom de « Village des femmes capables » lors de leur formation technique et de leurs sessions de coaching. 

Le projet " Femmes prévôts du Sahel " est mis en œuvre au Mali et au Niger dans le cadre du Programme Sahel de l'ONUDC, grâce à la contribution du Royaume-Uni. 

Contact : Cristina Iampieri, Coordinateur du programme Sahel - iampieri@un.org