Afrique de l'Ouest et Afrique Centrale

Situation actuelle

De 2004 à 2007, au moins deux pôles de transbordement distincts sont apparus en Afrique de l'Ouest : l'un en Guinée-Bissau et en Guinée, l'autre dans le golfe du Bénin, qui s'étend du Ghana au Nigéria. Les trafiquants colombiens transportaient de la cocaïne par « navires ravitailleurs » pour ensuite la transborder sur des embarcations plus petites. Une partie de cette cocaïne était ensuite acheminée par voie maritime vers l'Espagne et le Portugal, l'autre partie étant laissée aux Africains de l'Ouest en contrepartie de l'aide fournie. Les Africains de l'Ouest vendaient ensuite la cocaïne à leur compte, généralement par l'intermédiaire de passeurs empruntant des vols commerciaux. La cocaïne était également transportée de la République bolivarienne du Venezuela vers différents pays d'Afrique de l'Ouest à bord de petits avions modifiés.

Principales saisies de cocaïne (en kg), Afrique de l'Ouest, 2005-2009

Major cocaine seizures - West Africa

Source : Mondialisation de la criminalité : évaluation de la menace que fait planer la criminalité transnationale organisée 2010 ONUDC

En outre, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale représentent une partie non négligeable des saisies internationales d'amphétamines non-spécifiées. La région reste une zone de priorité pour résoudre la problématique des drogues, en commençant par une connaissance approfondie de la nature des drogues présentes sur le marché illicite.

Perspective régionale

Intervention de l'ONUDC contre la menace sécuritaire engendrée par le trafic de drogues illicites en Afrique de l'Ouest

En octobre 2008, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), soutenue par l'ONUDC et le Bureau des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest et en partenariat avec l'Union européenne, a organisé une conférence ministérielle à Praia (Cap-Vert), pour contrer la menace sécuritaire entraînée par le trafic de drogues dans la région.

La Déclaration politique et le Plan régional d'action qui ont résulté de cette conférence ont été approuvés par les Chefs d'Etats et de Gouvernements de la CEDEAO le 19 décembre 2008 à Abuja.

Les déclarations de Praia reflètent un engagement politique fort et posent les bases d'un cadre de coopération détaillé pour la lutte contre le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée en Afrique de l'Ouest. L'ONUDC était chargé de transposer cette Déclaration politique et ce Plan régional d'Action en des programmes concrets pour les Etats membres de la CEDEAO en partenariat avec le Bureau des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest, le Département des opérations de maintien de la paix, l'Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL)  et l'Union européenne. Un plan opérationnel et un mécanisme de suivi et d'évaluation pour la CEDEAO ont été élaborés et indiquent le rôle de la Commission de la CEDEAO pour assister les Etats membres à mettre en œuvre des Plans régionaux d'action.

Intervention de l'ONUDC contre le trafic de stupéfiants dans le cadre du Programme régional pour l'Afrique de l'Ouest

L'ONUDC a répondu à l'appel de la CEDEAO en proposant une stratégie transversale et exhaustive basée sur le principe de responsabilité partagée. Les efforts de consolidation de la paix, de création d'institutions nationales, de renforcement des capacités et de responsabilité partagée doivent être mis en œuvre le plus efficacement possible. Ils doivent contribuer au développement socio-économique au profit des populations d'Afrique de l'Ouest. Suivant cette approche stratégique, le programme régional de l'ONUDC pour l'Afrique de l'Ouest 2010-2014, lancé en décembre 2010 à New York, a pour objectif principal de soutenir les efforts des Etats d'Afrique de l'Ouest, des organisations régionales et de la société civile dans leur réponse aux menaces sécuritaires ainsi que de promouvoir l'état de droit et la bonne gouvernance.

Le Programme régional inclut le renforcement d'initiatives régionales et nationales, et comprend quatre sous-programmes :

  • Criminalité organisée, trafic illicite et terrorisme ;
  • Justice et intégrité ;
  • Prévention des drogues et santé ;
  • Sensibilisation et recherche.

Intervention de l'ONUDC contre le trafic de stupéfiants : Programmes de pays en Afrique de l'Ouest

En qualité de leader régional, l'ONUDC encourage la Commission de la CEDEAO à sécuriser la propriété régionale et les réformes durables à long terme. Les autorités nationales sont également des partenaires clés dans les thématiques couvertes par le mandat de l'ONUDC : les Etats membres sont tenus de réaliser les objectifs prévus dans le Programme régional pour l'Afrique de l'Ouest. Ainsi, l'ONUDC attend d'eux qu'ils soient impliqués envers les objectifs des initiatives prévues ou courantes.

Alors que les programmes régionaux sont destinés à promouvoir la propriété des pays partenaires en alignant les politiques nationales et les priorités, l'ONUDC a également développé des Programmes de pays, qui sont en accord avec le Programme régional mais reflètent les particularités et les besoins de chaque pays, selon les connaissances et l'expérience de l'ONUDC dans la région. Les Programmes de pays sont des cadres de développement gouvernementaux, développés selon une approche exclusive et participative, dont le but est de placer la lutte contre la drogue et la criminalité organisée au cœur des stratégies de développement national globales. Le Plan régional d'action CEDEAO exige de tous les Etats membres de la CEDEAO de développer un programme de pays. Alors que certains Programmes de pays, comme le programme national intégré pour le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mali, le Nigéria, le Ghana et le Togo, sont déjà en cours, d'autres sont en cours d'élaboration ou prévus.

Intervention de l'ONUDC contre le narcotrafic : initiatives régionales et transrégionales en Afrique de l'Ouest

L'ONUDC profite de son statut pour garantir une approche transversale et intégrée dans la lutte contre le trafic de drogues illicites et la criminalité organisée, notamment la menace internationale que constitue l'itinéraire transatlantique du trafic. Reconnaissant la difficulté de gestion des vastes frontières terrestres et maritimes de l'Afrique, l'ONUDC a fixé l'objectif de promouvoir une police proactive en développant une approche des services d'application de la loi fondée sur des renseignements, et aussi d'améliorer la coordination entre les agences dans l'optique d'enrayer les activités de la criminalité organisée derrière le trafic de drogues. Les initiatives et projets suivants sont des exemples concrets de l'approche intégrée et exhaustive de l'ONUDC dans la lutte contre le trafic de drogues :

Initiative côte de l'Afrique de l'Ouest : dans une approche exhaustive prenant en compte plusieurs parties prenantes pour soutenir la mise en place du Plan régional d'action CEDEAO, l'ONUDC, le Bureau des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest, le Département des affaires politiques, le Département des opérations de maintien de la paix et l'Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) ont accepté de travailler ensemble pour lutter contre la problématique grandissante du trafic de drogues, de la criminalité organisée et de la toxicomanie en Afrique de l'Ouest. L'Initiative côte de l'Afrique de l'Ouest est un cadre d'assistance conjointe pour le renforcement des capacités régionales et nationales, dans un premier temps dans les pays en période postconflictuelle (Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Libéria, Sierra Leone, dans le but d'inclure les 15 pays de la CEDEAO et la Mauritanie). Elle se focalise principalement sur le renforcement de la loi, sur la médecine légale, sur la gestion des frontières, sur le blanchiment d'argent et sur la justice pénale. Ces éléments concourent à la réforme du secteur sécuritaire des pays. L'Initiative côte de l'Afrique de l'Ouest est une composante essentielle du Programme régional pour l'Afrique de l'Ouest de l'ONUDC, qui soutient la Déclaration et le Plan régional d'action de la CEDEAO par le biais d'une assistance technique aux plans régional et national.

Coopération transatlantique : mettre fin à l'itinéraire de trafic transatlantique

Dans la cadre du partenariat transatlantique et du concept de responsabilité partagée entre pays d'origine, de transit et de destination, l'ONUDC a mis en place des programmes ayant pour but d'engager le dialogue et la coopération entre les trois continents : l'Amérique latine, l'Afrique de l'Ouest et l'Europe. A travers le projet de coopération en matière de détection et de répression et de mise en commun de renseignements pour enrayer la contrebande de cocaïne en provenance d'Amérique latine vers l'Afrique de l'Ouest, l'ONUDC a pu stimuler la coordination de renseignements au plan régional dans différents pays d'Afrique de l'Ouest, d'Amérique latine et des Caraïbes, en coopération avec la Commission européenne. A travers ce projet, des accords bilatéraux ont été mis en œuvre pour faciliter les enquêtes mixtes et l'échange rapide d'informations entre les différents services de répression afin de promouvoir des recherches pragmatiques pour intercepter les drogues dans les pays participants.

Le programme AIRCOP est également une initiative soutenue par la Commission européenne, appliquée conjointement par INTERPOL et l'Organisation mondiale des douanes (OMD), qui a pour but de renforcer la coopération et l'échange de renseignements entre les aéroports des trois continents. Enfin, le Programme mondial de contrôle des conteneurs a permis de réaliser de nombreuses saisies au cours des dernières années, notamment d'importantes saisies de cocaïne.

Coopération Sud-Sud :

Dans le cadre de la coopération Sud-Sud, l'ONUDC, en partenariat avec le Brésil, soutient la Guinée-Bissau dans ses différentes initiatives dans la mise en place du Plan opérationnel national de lutte contre les drogues et la criminalité. La Guinée-Bissau a pâti de l'utilisation de son territoire par les trafiquants de drogues, ce qui a eu un fort impact sur sa sécurité et sa stabilité. L'un des projets majeurs développés avec l'aide du Brésil est la mise en place d'un Centre de formation pour les forces de sécurité, dans le but de renforcer leurs capacités. L'objectif immédiat est de répondre aux besoins du pays et de renforcer les capacités des forces de sécurité à contrer le narcotrafic et la criminalité organisée. A long terme, le Centre de formation suivrait l'objectif de devenir une Académie régionale pour les pays lusophones en Afrique.