Inde : vivre avec le VIH contre toute attente

19 février 2013 - Emy* est née et a grandi dans l'État de Meghalaya au nord-est de l'Inde. Elle a quitté l'école à un jeune âge et a été initiée aux drogues lors d'un mariage où des amis lui ont donné du sirop contre la toux. Elle est ensuite passée aux analgésiques, et au fil du temps, sa consommation récréative de drogues s'est transformée en une véritable addiction. Elle a essayé plusieurs sortes de drogues dont l'héroïne, qu'elle consommait par injection. « Quand je prenais de la drogue, je me sentais bien, je me sentais sûre de moi » déclare Emy, « j'étais mieux acceptée par mes amis ».

Mais en peu de temps, beaucoup de ses amis moururent d'overdose, et sa vie s'écroula aussi. Sa famille finit par l'abandonner. Divorcée et avec un enfant à charge, elle se mit alors à vendre de la drogue, non seulement pour subvenir aux besoins de son enfant, mais aussi pour financer sa dépendance à la drogue.

La vie d'Emy prit un tour plus terrible encore lorsqu'elle se rendit chez le docteur pour un problème gynécologique et qu'on lui demanda de passer les tests de dépistage du VIH/sida. Le test était positif. « Tout est devenu noir et j'ai pensé que j'allais mourir. Je ne savais pas ce qui m'avait frappé », raconte Emy, « je ne savais pas comment je devais continuer ma vie après avoir appris que j'étais séropositive ».

Pendant deux ans, Emy essaya de cacher sa situation. Néanmoins, la nouvelle se répandit, et les gens commencèrent à l'ignorer ou à s'éloigner d'elle. A l'église, personne ne voulait s'asseoir à ses côtés. Emy finit par se cacher et fit une dépression.

Quand les travailleurs sociaux de diverses ONG eurent vent de sa situation, ils allèrent à sa rencontre et lui indiquèrent les services d'aide disponibles dans les centres de consultation sans rendez-vous. Le centre d'accueil subventionné par l'ONUDC dans l'État de Meghalaya propose des services réservés aux femmes et reçoit les consommatrices de drogues injectables et les partenaires sexuelles d'hommes consommateurs de drogues injectables. Les femmes qui se rendent à ce centre peuvent consulter des femmes médecins, des conseillers et avoir accès à des aiguilles et seringues stériles, à des préservatifs et au test de dépistage du VIH.

Au début Emy était hésitante, mais elle a finalement accepté de se rendre au centre de consultation sans rendez-vous. Ce fut une expérience agréable pour elle : « quand j'ai vu l'aide que l'on m'offrait au centre, je me suis sentie très à l'aise. Ils m'ont acceptée pour ce que j'étais et cela m'a encouragée à parler aux gens de ma situation. Le centre est devenu une deuxième maison pour moi ».

Par ailleurs, elle a entamé un traitement de substitution aux opiacés qu'elle suit depuis octobre 2010. Cela l'a aidé à reconstruire sa vie sociale, et elle est désormais capable de mener à bien ses tâches ménagères. Actuellement, elle travaille en tant que pair éducateur pour les personnes atteintes du sida. Elles les encourage à surmonter leur honte et à mener une vie digne. Elle travaille aussi avec des enfants et les sensibilise à la maladie et à ses modes de transmission.

Durant son temps libre, elle confectionne des fleurs artificielles. Le travail complexe induit par la création de ces fleurs l'ennuyait auparavant, mais elle s'y est progressivement habituée. Elle apprécie maintenant ce travail manuel et affirme que cela lui permet de rester occupée. Pour elle, ces fleurs sont une incarnation de la force et de l'endurance avec lesquelles elle se bat contre le virus du sida.

*Le prénom a été modifié pour protéger l'identité de cette personne.

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