En Asie, l'application de la loi et les politiques globales sont au cœur de la lutte contre le trafic illicite de migrants

06 juin 2013 - Selon un récent rapport de l'ONUDC intitulé « Criminalité transnationale organisée en Asie de l'Est et dans le Pacifique - Évaluation des menaces », chaque année, environ 500 000 immigrants - provenant pour la plupart du Myanmar mais également du Cambodge et du Laos - recourent aux services de passeurs pour entrer illégalement en Thaïlande. La Chine et le Viet Nam sont en revanche des pays de provenance pour les immigrants voyageant vers les États-Unis et l'Union européenne (UE).  

« Le trafic illicite de migrants est une activité lucrative qui comporte peu de risques. C'est aussi une activité qui tue », explique Sebastian Baumeister, expert associé à l'unité anti-traite des êtres humains et basé à Bangkok, au sein du Bureau régional de l'Asie du Sud-Est et du Pacifique. « Le trafic illicite de migrants rend ces derniers vulnérables aux abus, à l'exploitation et au phénomène de la traite d'êtres humains, au risque d'y laisser leur vie. » Ce rapport de l'ONUDC est la première étude exhaustive des menaces de la criminalité transnationale organisée en Asie de l'Est et dans le Pacifique. Il détaille les flux criminels relatifs à cette région et fournit des estimations des revenus annuels des groupes criminels obtenus au moyen de différentes activités, dont celles liées au trafic d'êtres humains et de migrants.

Trois chapitres du rapport sont dédiés au trafic illicite de migrants : Au sein de la sous-région du Grand Mékong ; De l'Est et du Sud-Est de l'Asie vers l'Europe et les États-Unis ; Du Sud-Est de l'Asie vers l'Australie et le Canada.

Le rapport explique qu'au sein de l'Asie du Sud-Est et de l'Est, le Viet Nam et la Chine sont d'importants pays de provenance d'immigrants sans papiers. En conclusion, le rapport note que la grande majorité des immigrants clandestins font appel aux services de réseaux de passeurs très organisés. Les clandestins vietnamiens et chinois, surtout motivés par des raisons financières, déboursent jusqu'à plus de

50 000 USD pour payer leur voyage. Etant donné que, chaque année, plus de 70 000 clandestins entrent en Europe et aux États-Unis, le trafic illicite de migrants sur de longues distances est un crime lucratif pour les réseaux criminels organisés.

Toujours selon le rapport, les immigrants choisissant de se rendre en Australie le font pour des raisons d'insécurité et dans l'espoir d'obtenir le droit d'asile. Les passeurs travaillant vers l'Australie se spécialisent pour introduire les immigrants ayant de fortes chances d'obtenir le droit d'asile, en particulier ceux provenant d'Afghanistan, d'Iran, d'Irak, et du Sri Lanka. Entre 2009 et 2012, une moyenne annuelle de 6 000 demandeurs du droit d'asile clandestins ont atteint l'Australie par bateau. Par ailleurs, pendant la seule année 2012, plus de 17 000 clandestins sont entrés en Australie par la mer après avoir déboursé entre 7 000 et     18 000 USD par personne.

En Asie du Sud-Est, les disparités économiques sont sources de tendances migratoires irrégulières et les prix pratiqués par les passeurs y sont relativement bas. M. Baumeister remarque que, si certains pays ont mis en place des systèmes formels permettant l'immigration des travailleurs, les procédures peuvent parfois se révéler complexes, longues et coûteuses. Les candidats à l'immigration préfèrent donc faire appel aux services de passeurs, moins onéreux.

« Les passeurs s'adaptent facilement aux changements des législations gouvernementales. Ils offrent une large gamme de services, allant du plus simple au plus sophistiqué et du moins cher au plus onéreux », poursuit M. Baumeister. « Le défi est d'attraper les organisateurs, mais la plupart se trouvent dans les pays d'origine et de transit, ce qui rend leur localisation très difficile. Un meilleur contrôle et une meilleure application de la législation sur le travail permettrait d'aider à protéger les immigrés en situation irrégulière dans les pays de destination et de réduire la demande de trafic illicite de migrants. »

Le rapport prône une gestion des enquêtes judiciaires par les services de renseignements afin de compléter les contrôles aux frontières. Les criminels - et à plus forte raison les organisateurs - courent peu de risques d'être localisés. « Le défi consiste à traduire les criminels en justice et à confisquer leurs profits afin de rendre le trafic illicite de migrants non profitable », a déclaré M. Baumeister.

Le rapport explique que les contrôles aux frontières et l'application de la loi ne peuvent, à eux seuls, résoudre le problème du trafic illicite de migrants et insiste sur le fait que ces mesures doivent s'inscrire dans le cadre de politiques plus larges portant sur les phénomènes de migration et le développement. Le rapport appelle également au développement de la coopération régionale et interrégionale au niveau des lois et des mesures permettant leur application. Selon le rapport, les réponses bilatérales au trafic illicite de migrants risquent de déboucher sur une modification des trajets, déplaçant ainsi le problème.

« Aucun pays n'est à l'abri de la menace posée par le trafic illicite de migrants et les autres crimes transnationaux organisés », a déclaré M. Jeremy Douglas, Représentant de l'Office régional de l'ONUDC pour l'Asie du Sud-Est et le Pacifique. « Dans cette région comme dans le reste du monde, ces activités illicites menacent la sécurité, la bonne gouvernance, les droits de l'Homme et le développement durable. Nous avons besoin de l'aide des gouvernements afin de rassembler des données, les partager et réagir efficacement. »

Informations complémentaires:

« Criminalité transnationale organisée en Asie de l'Est et dans le Pacifique - Evaluation des menaces »       (pdf anglais)

Bureau régional de l'ONUDC - Asie du Sud Est et Pacifique

L'ONUDC et le trafic de migrants

 

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